En vedette !

jeudi 11 janvier 2018

René-la-Science (84)



— René, dans cette affaire, il faut que chacun y trouve son compte. C’est ce que la psychologie de bazar appelle le gagnant/gagnant. Monsieur Hoblette ne travaille pas pour des prunes et c’est normal. Je préfère quelqu’un qui affiche clairement ses intentions, cela me donne confiance. Et puis, moi, s’il y a une embrouille, je saurai toujours le retrouver et les lui arracher au pied de biche, ses choses en or.
— Vous me menacez ? Demanda le conseiller financier.
— C’est pas des menaces, c’est des promesses, monsieur Hoblette. Mais ne le prenez pas mal. Moi, j’ai l’impression que je peux vous faire confiance. On est d’accord, douze en dessous de trente et dix au-dessus. Chacun sa partie comme vous dites, vous faites votre boulot, vous y gagnez, c’est normal.
Là, j’avais joué un peu les lourdingues, mais j’avais l’impression que cela avait marché. Il reprit :
— On va pouvoir s’entendre, il faut que je voie mon client. On sera au-dessus de trente à votre avis ?
— Oui, répondit René, pourquoi ?
— Parce que cela fait une sacrée différence, pense que ça fait un petit paquet de fric trente kilos d’or. Vous êtes vernis quand même.
— Si on veut, mais on n’agit pas pour nous. On est pas des intermédiaires non plus, mais voilà…
— Bien, dit Hoblette, enchanté d’avoir fait votre connaissance, monsieur… Fortunio. Pour moi, si nous faisons affaire, ce sera un jour à marquer d’une pierre blanche. Et soyez rassuré, j’ai envie de faire affaire et sans embrouilles comme vous le dites si bien.
Il se leva et me tendit la main en souriant et je lui rendis son sourire et sa poignée de main.
— C’est toujours agréable de parler avec des gens qui savent faire des affaires, monsieur Hoblette. Et c’est votre cas. A bientôt.
— A bientôt, répondit-il et il serra la main à René. On se tient au courant.
Il s’en alla et nous fîmes de même, chacun avec notre véhicule, direction Le Blédard et la soupe. Dois-je le dire ? Le repas fut excellent, préparé par Colette, cuisinière hors pair et de plus stimulée par les qualités culinaires de René-La-Science.
Après avoir mangé, je revins dormir chez Michel. J’eus bien l’impression, sur la route, qu’un autre véhicule m’emboîtait le pas depuis Le Blédard, mais j’attribuai ce soupçon à une sorte de paranoïa naissante. Et je passai une fort bonne nuit, toujours dans le lit de la chambre d’amis.
Quand il ne se passe rien, ou bien peu de choses, le temps passe lentement, mais cela se raconte bien vite. Le lendemain matin, mercredi, je fis encore des métrés, je me penchai sur ma table de travail pour avancer l’évaluation du prix des travaux à réaliser. Il fallait d’une part envisager la réalisation de travaux d’accessibilité en relation avec le récent handicap de Michel et d’autre part imaginer un espace de travail où Magali pourrait exercer sa profession de kiné tout en ayant la possibilité d’être disponible pour Michel.
(à suivre...)

dimanche 7 janvier 2018

Chronique de Serres et d’ailleurs III (16)



 Auditrices et auditeurs qui m’écoutez, bonjour. Noël approche plus qu’à grands pas et je suppose que nul d’entre vous n’a oublié d’envoyer sa liste de souhaits au Père Noël. Mais à ce propos, d’où vient ce Père Noël dont on nous rebat les oreilles ? Plusieurs pays se disputent le domicile de ce personnage, principalement des pays nordiques puisque ce dernier semble venir du froid sur un traineau tiré par huit rennes, selon la police, et neuf d’après les syndicats. Pour ma part, j’ai toujours imaginé, in petto, que le Père Noël réside tout simplement à Wall street dans la ville de New-York et je vais m’en expliquer. En effet, ce personnage est un riche financier qui a dépouillé Saint Nicolas de sa barbe et de sa houppelande, lui abandonnant son âne et le père fouettard, pour privatiser ses activités qu’il a déplacées au moment de Noël, plus propice à son commerce. Le bon saint Nicolas, pour sa part erre maintenant à moitié vêtu dans les rues de nos villes, méprisé comme un raté par les calotins et repoussé comme icone religieuse par les laïcisants. Aussi, pour le réhabiliter dignement, vais-je vous faire la lecture de sa légende :
La légende de st Nicolas


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs
Tant sont allés, tant sont venus
Que le soir se sont perdus
Ils sont allés chez le boucher
Boucher, voudrais-tu nous loger ?

Ils n'étaient pas sitôt entrés
Que le boucher les a tués
Les a coupés en p'tits morceaux
Mis au saloir comme pourceaux

Saint Nicolas au bout d'sept ans
Vint à passer dedans ce champ
Alla frapper chez le boucher
Boucher, voudrais-tu me loger ?

Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs
Entrez, entrez Saint Nicolas
Il y a de la place, il n'en manque pas
Il n'était pas sitôt entré
Qu'il a demandé à souper

Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs
Du p'tit salé, je veux avoir
Qu'il y a sept ans qu'est dans le saloir
Quand le boucher entendit ça
Hors de la porte il s'enfuya

Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs
Boucher, boucher, ne t'enfuis pas
repens-toi, Dieu te pardonnera
Saint Nicolas alla s'assoir
Dessus le bord de ce saloir

Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs
Petits enfants qui dormez là
Je suis le grand Saint Nicolas
Et le Saint étendant trois doigts
Les petits se lèvent tous les trois

Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs
Le premier dit "j'ai bien dormi"
Le second dit "Et moi aussi"
Et le troisième répondit
"Je me croyais au Paradis"



On voit par-là qu’il ne faut pas se laisser saler.

jeudi 4 janvier 2018

René-la-Science (83)



— Votre séjour a créé quelques remous dans la région, j’aurais aimé vous en parler mais je n’ai pas le temps maintenant. Essayez de repasser à un autre moment, c’est vous qui voyez… me dit-elle d’un air entendu.
— Je n’y manquerai pas, mais j’appellerai avant de passer, pour savoir si je ne dérange pas, répondis-je sur le même ton.
Je saluai la mère et la fille et j’allai retrouver mon fidèle destrier, mon fourgon, garé non loin de là. De retour chez Michel, je fis un peu de rangement afin de recevoir le plus correctement possible notre conseiller financier.
René arriva à dix-sept heures, suivi de ce monsieur Hoblette. C’était un gars assez détendu, moustache et panse généreuse mais fringué façon guichet de banque : costume gris, chemise à rayures et cravate bleu acier. Nous nous assîmes autour d’un café et René prit la parole.
— Donc, nous voudrions savoir si tu connais des gens qui sont intéressés par l’achat de pièces d’or. Des napoléons et des unions latines en principe.
— Il y a toujours des gens intéressés pour acheter de l’or, répondit Hoblette. Il y a des gens qui sont intéressés par des petites quantités, mais parfois aussi par de grosses quantités. Vous ne cherchez tout de même pas à fourguer le produit d’un vol quand même ?
— Absolument pas, mais nous voudrions être payés de manière anonyme, si je puis dire, ajouta René.
— De toute façon, ce n’est pas la peine de faire de mystères, je suis persuadé que vous avez trouvé une marmite avec des pièces d’or et que vous ne voulez pas déclarer votre trouvaille, votre invention. Moi j’ai un client qui est prêt à acheter de l’or, il paie en espèces ou en bons de caisse, des bons anonymes. Si c’est des bons, vous serez bien obligés de les déclarer à l’échéance, à vous de voir. Vous ne saurez pas qui est mon client et lui ne saura pas qui vous êtes. Tu m’as dit qu’il y en avait au moins vingt kilos ?
— Oui, sûrement, répondit René.
— Cela fait un joli paquet. On peut procéder de la manière suivante : on se met d’accord sur un cours à un jour donné, le gars vous paie dix pour cent en dessous du cours et moi je prends douze pour cent de la transaction.
— Tu y vas fort, Hoblette, douze pour cent ! Interrompit René.
— Des clients pour acheter vingt kilos d’or dans ces conditions, cela existe. Trouvez-les si vous pouvez. Moi j’en connais un, chacun sa partie, René.
— Attends, il y a plus que vingt kilos, tu vas te faire des couilles en or mon pote, persifla René.
— S’il y a trente kilos ou plus, je veux bien descendre à dix pour cent. Mais on ne va pas en discuter jusqu’à minuit, moi j’ai le client, vous avez l’or je suppose, à vous de décider.
— Qu’en penses-tu, Fortunio ? Me demanda René.
(à suivre...)