En vedette !

jeudi 9 février 2017

René-la-Science (36)



— Il est cyclothymique si tu sais ce que cela veut dire, ou plutôt carrément maniaco-dépressif. Mais je ne l’ai jamais vu comme ce soir, comme un gosse…
— Si je te raconte tout, nous en avons pour un bout de temps.
— Si tu me racontes tout, c’est que tu me fais confiance…
— Ou que tu m’as ensorcelé, ma chérie…
— Vitesse, précipitation, confondre, qui parlait de cela tout à l’heure ?
— Disons donc que je te fais confiance. Je vais te raconter depuis le début, mais d’abord j’aimerais savoir ce que tu sais, toi.
— Ce que je sais ?
— Oui, tu ne vas pas me dire que tu vois débarquer un type qui se fait appeler Fortunio, qui vient pour de soi-disant travaux, et que cela ne te paraît pas bizarre…
— Alors, attend. D’habitude, j’aime pas trop les copains de Michel. Lui me le rend bien. Comme tu vois, on a pas beaucoup d’amis communs. Donc tu souffrais d’un préjugé défavorable au départ.
— Oui, mais ce n’est pas de cela que je parle. Sais-tu comment j’ai rencontré Michel ?
— Pas précisément. Mais il m’a parlé d’un gars qui l’avait soigné après une bagarre, c’est toi ?
— Oui, c’est moi certainement. Et c’était où cette bagarre ?
— Il ne m’a pas dit. Il est rentré une nuit à point d’heure, samedi je crois, ou plutôt dimanche matin, et à la lumière du matin, j’ai vu qu’il était un peu tuméfié. Il m’a dit qu’il s’était battu à Villeneuve.
— Sans motif ?
— Je n’ai pas insisté, je crois savoir que Michel court après une certaine Sylvie, il parle en dormant le pauvre. Je n’avais pas envie de me lancer dans une mauvaise querelle alors que notre amour n’est plus qu’un souvenir…
— Bon, ça va tu es un peu au courant. Donc, il ne fait pas que de courir derrière cette Sylvie, il l’a rattrapée. Et ils m’ont offert un concert nocturne samedi soir au Blédard.
— Un concert nocturne ?
— Samedi, je viens au Blédard chez des amis. Ils ne peuvent pas me loger dans leur appartement, mais ils ont la possibilité de me faire coucher chez un voisin, dans une ferme isolée un peu à l’écart du Blédard. Ferme isolée et inoccupée la plupart du temps, tant et si bien que Michel a voulu en faire son Q.G. de campagne. Et c’est le hennissement de sa jument qui m’a réveillé. Ce qui était un moindre mal. Mais cette pouliche a un étalon qui a mal supporté le poids des cornes qu’elle lui faisait porter. Il est arrivé en 4X4, a récupéré sa légitime en tenue d’Eve et a castagné Michel en tenue d’Adam. Le cocu est reparti aussi vite qu’il est arrivé, et je me suis retrouvé à soigner le bel adonis gisant dans la poussière.
— L’adonis qui a ce soir une jambe de bois ?
(à suivre...)
 

dimanche 5 février 2017

Chronique de Serres et d’ailleurs II 21



Auditrices et auditeurs qui m’écoutez, bonjour. « (…) il a été dit ‹œil pour œil et dent pour dent, mais moi je vous dis de ne pas résister aux méchants, si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre! » C’est ce que dit Jésus dans l’évangile de Matthieu.
Notre ex premier ministre s’est fait gifler le 17 janvier à Lamballe et, en bonne laïcité républicaine, il n’a  pas tendu l’autre joue à son agresseur qui avait eu soin de viser la joue gauche à toutes fins utiles. Rappelons que déjà, en décembre à Strasbourg, le même Monsieur Valls s’était fait enfariner, sans doute par quelque pâtissier ou boulanger. La rançon de la gloire est à ce prix, semble-t-il de nos jours. Cela vaut toujours mieux que de subir le sort de John Kennedy, bien sûr, mais ces voies de fait sont en fin de compte assez pitoyables.
En effet, si on devait flanquer des calottes à tous ceux qui en méritent, nous n’aurions pas assez de deux mains pour faire le travail. Ce n’est pas parce que monsieur Valls passe plus que d’autres dans les média qu’il mérite plus que d’autres gougnafiers de se faire enfariner ou encalotter. Réfléchissons bien : les ministres, les sous-ministres, secrétaires d’Etat et autres sont nombreux à pouvoir prétendre à la tarte symbolique. Mais il ne faudrait pas oublier tout de même les chefs de cabinets, les hauts et bas fonctionnaires qui nous pourrissent la vie quotidienne, les chefs de service des compagnies du gaz et de l’électricité qui ne répondent pas à nos courriers si ce n’est pour nous envoyer des factures parfois indues, les banquiers indélicats, les petits et les grands chefs ainsi que bon nombre d’élus de base de toutes farines qui se goinfrent aux frais de la princesse. J’en passe et non des moindres, il y a aussi les chauffards alcooliques ou non, invertébrés ou mollusques, les passants qui font crotter leur chien sur les trottoirs, les voisins paltoquets et les informaticiens abrutis… après un tel inventaire, on comprend qu’il y a bien des calottes qui s’égarent et que ce serait un travail herculéen de satisfaire tous ces prétendants à la gifle réparatrice.
Mais en définitive, la gifle est-elle réparatrice ? Ou n’est-elle qu’un pis-aller, une sorte de défouloir ainsi que des parents en mal de réponse qui n’ont plus que la violence pour s’exprimer ? Ces diverses manifestations font les choux gras des média qui laissent dans l’ombre ceux qui, sans haine et sans violence autant que sans argent se battent au quotidien pour une société meilleure, plus juste et apaisée. Bien des militants associatifs, bien des bénévoles ne font pas la une et quand certains ont le malheur d’héberger l’un ou l’autre sans-papier, on leur envoie la cavalerie, les shérifs, les procs et les juges, ils sont réprimés comme des bandits et on les encabane tandis que les chats fourrés se gobergent dans leurs palais. Les grands média se lamentent sur le sort des gifleurs et des giflés pendant que l’on réprime sans qu’ils en fassent leur une. Les gifleurs et les enfarineurs font le spectacle, cela permet d’oublier ceux qui travaillent humblement et à leur niveau.
On voit par-là que s’il y a des coups de pied au cul qui se perdent, ce ne sont pas ceux qu’on croit.

jeudi 2 février 2017

René-la-Science (35)



Elle me mit un couvert et je lui servis un verre de vin. Et j’attaquai avec appétit le pâté. C’est bizarre, la vie, me dis-je in petto. Hier, cette bonne femme me sort par les yeux et aujourd’hui on fait l’amour tous les deux. Et j’ai aimé ça. Et puis, il y a la suite des évènements. Il faut que je réfléchisse. Je me suis collé ce Michel sur le dos, ok. Je pourrais tout laisser tomber, mais il me reste la mini pelle à rendre. Qu’est-ce qu’on fait ? Je garde la pelle et je recreuse pour refaire un accès ? Je me dis que j’ai de bien basses préoccupations, mais il faut que je sache ce que je vais lui raconter à Magali. Parce qu’elle ne m’a toujours pas posé de questions sur ce qu’il nous est arrivé, pourquoi on est rentrés si tard et dans cet état. Mais je suppose qu’entre la poire et le fromage elle va m’en poser. Et si elle ne m’en pose pas, c’est moi qui aurai envie de causer. D’une part, j’ai besoin de raconter et d’autre part, je me sens bien avec Magali, ma première impression n’était pas
la bonne. Je commençais à avoir fait mal au bocal de pâté quand Magali me servit une assiette où elle m’avait mis une grosse portion de lasagnes réchauffées. Les lasagnes étaient du commerce, mais cela faisait du bien de manger et je ne rechignai pas. Elle s’assit en face de moi et me regarda en souriant. Je lui souris aussi, la bouche pleine.
— Les lasagnes, c’est du décongelé, j’aurais pu faire mieux, mais tu m’as prise au dépourvu, me dit-elle.
— Dans tous les sens du terme, je le reconnais.
— Gros malin. Mais tu sais, je pourrais te faire de bons petits plats tous les jours, si tu voulais, minauda-t-elle.
— Doucement, ne confondons pas vitesse et précipitation, le repas de midi était excellent, celui de ce soir le bienvenu, mais n’anticipons pas exagérément.
— Je plaisantais et je vois que tu tombes bien dans le panneau, dit-elle en riant.
— Mais quoiqu’il en soit, j’apprécie les jolies femmes et la bonne nourriture…
— La bonne chair en quelque sorte, cela n’est pas très original, mais je garde ce qui me convient, à savoir ton commentaire sur les jolies femmes.
— C’est la preuve que tu as un bon fond, ma chère.
— Tout à l’heure, tu disais encore « ma chérie », l’aurais-tu oublié ? Bon, maintenant, revenons à d’autres moutons. Que s’est-il passé cet après-midi ? C’est la première fois que Michel rentre dans cet état. Et je ne parle pas de sa cheville, qui n’a rien à mon avis. Je parle de son état psychologique. Il est destroy ce soir.
— Oui, mais tu l’as dit toi-même, il a des problèmes psy, éludai-je.
(à suivre...)