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jeudi 18 janvier 2018

René-la-Science (85)



Tout cela me laissait un peu rêveur. Que faisais-je ici, moi l’amant fugace de Magali et copain malgré moi de Michel. Etais-je pris dans une sorte de tourbillon ou me mettais-je moi-même et consciemment dans un merdier ridicule ? Si Magali ne m’avait pas trahi, je crois qu’il se serait passé quelque chose de plus entre nous. Mais, malgré le fait qu’elle me l’ait avouée, je ne pouvais oublier cette trahison. Je ne lui en voulais pas, mais le ver était dans le fruit…
Hoblette passa nous voir deux jours plus tard : il avait besoin de savoir précisément le nombre de pièces de chaque monnaie. Son client aurait besoin de six à huit semaines pour avoir le règlement. La transaction se ferait « physiquement » chez René, de préférence un matin de bonne heure.
Les choses avancent, me répétai-je. Mais il fallait donc que nous ouvrions les autres cantines, que nous fassions l’inventaire de leur contenu. Il fut convenu avec René que nous irions le samedi matin au bois de Montieu. Nous ferions cet inventaire, déciderions de notre commission, et fixerions le nombre de pièces que nous vendrions par l’intermédiaire de Hoblette. Nous garderions une partie des pièces que j’irais mettre dans le coffre le lundi. Une fois cela réglé, je repartirais à nouveau chez moi.
Le samedi matin, René passa me prendre et nous allâmes au bois de Montieu, dans le souterrain. Ce fut un travail long et pénible. Il y avait plus de dix mille pièces, deux cantines avec des napoléons et une avec des unions latines. Nous prîmes cinq-cents napoléons pour chacun de nous. Nous décidâmes de vendre la cantine d’union latine et une de napoléons, en gros quarante kilos. Le reste irait dans le coffre à la banque où le rejoindrait le paiement « Hoblette ». Ce qui devait aller dans le coffre fut mis dans quatre solides petits sacs, notre part dans d’autres petits sacs, le reste fut de nouveau planqué soigneusement. Nous allâmes manger chez René où je restai coucher sur un canapé, ce qui surprit Colette, mais René lui expliqua que Vallin n’était pas prévenu pour le bois du Blédard et que la maison de Michel n’était pas libre. Je passai la journée de dimanche avec René et Colette puis ce fut René qui vint avec moi chez Michel où lui, René, passa la nuit avec moi. Avec cette somme sous la main, si on peut dire, ni lui ni moi ne voulions être seul. Mais tout se passa bien et le lundi matin je partis pour Toulouse où je fis mon dépôt dans le coffre à la banque.
Je passai voir Michel, mais il était en soins de réadaptation et non visible. En sortant, je passai un coup de fil chez le frère et la belle-soeur de Magali, mais je n’eus que le répondeur sur lequel je laissai un message pour signaler mon départ vers Marmande.
La vie reprit comme avant. Les chantiers m’attendaient et je me mis derechef au boulot. Nous nous appelions régulièrement avec René, il avait informé Hoblette du nombre de pièces que nous avions décidé de vendre. Il nous restait à attendre qu’il se manifeste pour la transaction. J’appelai aussi de temps en temps Magali. Elle était en formation accélérée pour son permis et les choses semblaient se passer bien. Pour Michel, c’était toujours le statu quo, mais les médecins pensaient qu’on pouvait espérer des améliorations avec le temps. Magali me remerciait du travail que j’avais fait, elle avait déjà contacté des entreprises et voulait savoir si je reviendrais pour les rencontrer. J’acceptai mais toutefois je demandai à ce que cela n’ai pas lieu dans l’immédiat. Magali désirait de toute façon être sur place pour faire démarrer les travaux. J’avais quelques semaines de répit pour faire avancer mes chantiers et je reviendrais pour cela et pour la transaction avec Hoblette en même temps.
Les choses avancent, me répétai-je encore.
(à suivre...)

dimanche 14 janvier 2018

Chronique de Serres et d’ailleurs III (17) 100ème Chronique "CoolDirect"



Auditrices et auditeurs qui m’écoutez, bonjour. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de certains écrivains locaux, pour la plupart des écrivains ou poètes peu connus mais valant le détour. Aujourd’hui, je me permettrai de parler d’un poète célèbre en Gascogne, Jacques Boé dit Jasmin ou Jansemin, bien connu dans sa ville d’Agen où il a sa statue et sa place. Mais les parisiens savent-ils que la station de métro Jasmin, du nom de la rue éponyme, est ainsi nommée en hommage au poète agenais ?
Je ne parlerai pas directement de l’œuvre de Jasmin mais du livre d’Emmanuel Le Roy Ladurie « La sorcière de Jasmin » dans lequel le long poème, en quatre «paousos » ou pauses, intitulé « Françouneto » est reproduit en fac-similé de l’édition originale bilingue de 1842.
Je ne commenterai pas le texte occitan car, ne le parlant pas, je ne veux pas vous abuser mais je vous dirai tout le plaisir que j’ai eu à le lire dans la version française qui est établie par Jasmin lui-même. C’est une épopée paysanne qu’il nous raconte, écrite d’après une histoire qui avait eu lieu au 17ème siècle. Françonnette vivait à Roquefort près d’Agen avec sa grand-mère et était la jolie des jolies –la Poulido de las Poulidos - de la localité, promise à Marcel, un soldat, mais amoureuse de Pascal le forgeron. Elle est fille d’un huguenot dans un contexte catholique, dans une région où Blaise de Monluc avait généreusement fait couler le sang des hygounaous. D’étrange manière, il se passe autour de Françonnette des évènements qui vont faire sourdre la rumeur qu’elle est une sorcière. Ce n’est pas qu’une rumeur car, en réalité, c’est le sorcier du Bos negre qui en fait la déclaration, troublant ainsi la Fête des amoureux. Et ce soupçon de sorcellerie la suivra si bien qu’elle-même cherchera à l’exorciser en se rendant au pèlerinage de Bon-Encontre. Mal lui en prit, un orage d’une violence terrible détruira les récoltes, ce mal sera attribué à Françonnette une fois de plus, les paysans et bordiers de la localité se rassembleront pour mettre le feu à sa maison, brûlant ainsi la sorcière et sa grand-mère. Il faudra l’intervention de Pascal et Marcel pour arrêter les incendiaires. Pascal veut rejoindre Françonnette mais sa mère à lui, Pascal, se jette à ses pieds, le conjurant de ne point rejoindre une sorcière dont l’amour le ferait périr. C’est le moment où Marcel le soldat, n’en pouvant plus, avoue sa félonie : c’est lui qui, pensant qu’en amour comme en guerre une ruse était permise, avait payé le Sorcier pour effrayer ses rivaux. Pascal peut maintenant épouser Françonnette mais telle était la crainte du Diable à l’époque que tout le voisinage craignait de ne pas le voir survivre à sa nuit de noces. Et le lendemain matin :
La peur fait place aux repentirs honteux ;
Le bonheur de Pascal maintenant fait des jaloux.
Et les pauvres garçons dont l’âme est mal guérie,
De leurs premières amitiés :
En voyant Françonnette, là, rose épanouie,
Qui est si heureuse ! si jolie !
Disent : « oh ! Jamais plus nous ne croirons aux sorciers ! »
Pour la soi-disant sorcière, tout est bien qui finit bien, merci Jasmin.

jeudi 11 janvier 2018

René-la-Science (84)



— René, dans cette affaire, il faut que chacun y trouve son compte. C’est ce que la psychologie de bazar appelle le gagnant/gagnant. Monsieur Hoblette ne travaille pas pour des prunes et c’est normal. Je préfère quelqu’un qui affiche clairement ses intentions, cela me donne confiance. Et puis, moi, s’il y a une embrouille, je saurai toujours le retrouver et les lui arracher au pied de biche, ses choses en or.
— Vous me menacez ? Demanda le conseiller financier.
— C’est pas des menaces, c’est des promesses, monsieur Hoblette. Mais ne le prenez pas mal. Moi, j’ai l’impression que je peux vous faire confiance. On est d’accord, douze en dessous de trente et dix au-dessus. Chacun sa partie comme vous dites, vous faites votre boulot, vous y gagnez, c’est normal.
Là, j’avais joué un peu les lourdingues, mais j’avais l’impression que cela avait marché. Il reprit :
— On va pouvoir s’entendre, il faut que je voie mon client. On sera au-dessus de trente à votre avis ?
— Oui, répondit René, pourquoi ?
— Parce que cela fait une sacrée différence, pense que ça fait un petit paquet de fric trente kilos d’or. Vous êtes vernis quand même.
— Si on veut, mais on n’agit pas pour nous. On est pas des intermédiaires non plus, mais voilà…
— Bien, dit Hoblette, enchanté d’avoir fait votre connaissance, monsieur… Fortunio. Pour moi, si nous faisons affaire, ce sera un jour à marquer d’une pierre blanche. Et soyez rassuré, j’ai envie de faire affaire et sans embrouilles comme vous le dites si bien.
Il se leva et me tendit la main en souriant et je lui rendis son sourire et sa poignée de main.
— C’est toujours agréable de parler avec des gens qui savent faire des affaires, monsieur Hoblette. Et c’est votre cas. A bientôt.
— A bientôt, répondit-il et il serra la main à René. On se tient au courant.
Il s’en alla et nous fîmes de même, chacun avec notre véhicule, direction Le Blédard et la soupe. Dois-je le dire ? Le repas fut excellent, préparé par Colette, cuisinière hors pair et de plus stimulée par les qualités culinaires de René-La-Science.
Après avoir mangé, je revins dormir chez Michel. J’eus bien l’impression, sur la route, qu’un autre véhicule m’emboîtait le pas depuis Le Blédard, mais j’attribuai ce soupçon à une sorte de paranoïa naissante. Et je passai une fort bonne nuit, toujours dans le lit de la chambre d’amis.
Quand il ne se passe rien, ou bien peu de choses, le temps passe lentement, mais cela se raconte bien vite. Le lendemain matin, mercredi, je fis encore des métrés, je me penchai sur ma table de travail pour avancer l’évaluation du prix des travaux à réaliser. Il fallait d’une part envisager la réalisation de travaux d’accessibilité en relation avec le récent handicap de Michel et d’autre part imaginer un espace de travail où Magali pourrait exercer sa profession de kiné tout en ayant la possibilité d’être disponible pour Michel.
(à suivre...)