En vedette !

jeudi 17 décembre 2020

Dernier tableau (7)

– Mon appartement est agréable, mais j’aimerais y mettre une touche qui soit la mienne. Si je pouvais trouver quelque chose à accrocher au mur par exemple, dit-il en sucrant son thé.

– Attention, cher monsieur, vous n’êtes pas chez Ikea, je n’ai rien à vous proposer en dessous d’un millier d’euros. Mais pas d’erreur, la tasse de thé qui est devant vous vous est offerte de bon cœur et sans arrière-pensée.

– Je le comprends bien et je vous remercie de me prévenir. Mais je pourrais me payer une petite, une toute petite folie, si je trouvais quelque chose qui me plaît vraiment. Je me suis arrêté chez un brocanteur dans le bas de la ville, mais je n’aurais eu que du déplaisir à faire affaire avec ce monsieur qui m’a paru être un peu un ours…

– Vous êtes en dessous de la vérité, mais je ne vais pas le critiquer, ce n’est pas un concurrent. Je ne sais pas si je vais trouver de quoi vous contenter, mais je vais essayer. Qu’aimeriez-vous trouver ? Un tableau, un objet à accrocher ?

 

Rasséréné, Hervé boit une gorgée de thé avant de répondre. Il savoure ce moment d’urbanité avec plaisir.

 

– Disons que j’aimerais savoir si vous avez des objets que vous n’avez jamais réussi à vendre, en quelque sorte des invendus qui auraient attendu de me voir venir…

– Je suis un commerçant, cher monsieur, au cas vous ne l’auriez pas remarqué. Quand j’achète quelque chose, c’est bien pour le revendre un jour, répond-il ironiquement.

– Bien sûr, bien sûr, ne voyez pas malice dans ce que je vous dis. Je pensais seulement qu’il y a des pièces qui, tout en ayant une réelle valeur - je ne cherche pas à vous dire que je cherche des invendables - donc tout en ayant une réelle valeur, n’arrivent pas à quitter votre magasin, dirais-je…

– Vous me parlez bizarrement, mon cher Monsieur, répond l’antiquaire, comme si vous vouliez insinuer que je commets des erreurs. Mais je vous crois sans peine, en tout cas dans le cas qui nous intéresse. En fait, je crois que vous cherchez des objets qui seraient en quelque sorte délaissés, pour on ne sait quelle raison. Je vais y réfléchir, cela m’amuse et je suis assez content de votre venue. Jouez-vous aux échecs ?

– Fort mal, je n’y comprends pas grand-chose à vrai dire et cela ne me passionne pas, répond-il.

– Aux dames peut-être ? Au mah-jong, au scrabble ? Je vous pose cette question parce que vous m’avez mis sur un challenge, mais je n’aime pas me sentir tenu de réfléchir sur le moment. Ce qui me plaît, c’est de laisser mûrir ma réflexion tout en distrayant mon esprit. Je n’ai rien d’un penseur solitaire, je me réfugie dans la lecture en attendant qu’un client arrive, je bichonne un peu mes meubles en magasin, mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est avoir des moments de détente, de sport cérébral comme disent certains, des moments partagés avec un sparring-partner si vous me permettez cette expression. Alors ?...

– Le mah-jong ou le scrabble si vous voulez, on peut essayer, je n’ai pas assez d’entraînement pour savoir quel est mon niveau de jeu, je sollicite votre indulgence…

– Pas de fausse modestie, je vous propose d’essayer un scrabble mais sachez que si un client venait à entrer, je devrais m’occuper un peu de lui, quitte même à laisser la partie en plan, ce qui vous obligerait à revenir demain, bien sûr.

 

Le tour que prennent les choses le surprend, il s’amuse de se voir ainsi adopté. En outre, c’est bien lui qui a lancé l’antiquaire sur une piste et donc il lui doit bien une partie de scrabble.

 

– Va pour le scrabble, Monsieur… excusez-moi mais je ne connais pas votre nom…

– Marondeau, Raymond Marondeau, et vous me feriez plaisir si vous m’appeliez simplement Raymond, répond l’antiquaire.

– Oui, je vous appellerai Raymond mais appelez-moi Hervé, je m’appelle Hervé Magre.

– Mon cher Hervé, prenez place, j’enlève le plateau du thé et j’amène le jeu de scrabble, votre présence est une bénédiction.

 

Raymond installe le jeu, ils puisent chacun leurs jetons et après le tirage au sort, c’est à Hervé de commencer. Raymond a obligeamment proposé de noter les scores.

 

(à suivre...)

 

What do you want to do ?
New mail

dimanche 13 décembre 2020

Contes et histoires de Pépé J La dame de Brassempouy

Oreilles attentives de Guyenne et Gascogne, bonjour. Afin de complaire à quelques zélateurs de la parité, je vais aujourd’hui vous parler d’une personne du genre féminin sans toutefois évoquer en quoi que ce soit ses orientations sexuelles ou ses origines raciales.

 

En effet, comme l’écrivait Alexandre Vialatte le chroniqueur de « La Montagne », la femme remonte à la plus haute antiquité et plusieurs découvertes qui ont eu lieu dans notre région viennent étayer cette affirmation.

 

Je vais donc vous parler de la Dame de Brassempouy qui fut aussi appelée Dame à la capuche. Elle fut découverte en 1894 à l’entrée de la grotte dite grotte du Pape, située à Brassempouy dans les Landes. Il s’agit d’une statuette de dimensions modestes puisque, longue de 3,6 centimètres et large de moins de deux, c’est vraiment une miniature. Elle serait taillée dans de l’ivoire de mammouth et l’on sait pertinemment que, si les mammouths ont disparu c’est parce qu’il y avait défense d’y voir.

 

Avant d’aller plus loin, je précise que j’ai puisé un certain nombre d’informations à ce sujet dans un livre de Jacques Dubourg intitulé « Femmes dans l’histoire sud-ouest », publié aux Editions Sutton en 2017. Ce livre est très intéressant et ne se limite pas à l’Histoire avec un grand H mais recense quelques 80 personnalités à travers les siècles, tant parmi les reines ou les notables que dans la culture, le cinéma ou la variété.

Revenons donc à notre jolie dame pour laquelle il faut préciser que l’originale est conservée à St Germain-en-Laye mais dont on peut admirer une copie à la maison de la Dame dans le village de Brassempouy. On peut y aussi voir les copies de huit autres statuettes découvertes dans la même grotte.

 

Son visage est stylisé avec des yeux en amande finement esquissés, le nez bien dessiné et le cou fin et allongé. Elle n’a toutefois pas de bouche sans que l’on sache la raison de cette absence. Ce qu’on a appelé la capuche est en réalité un quadrillage qui, du sommet du crâne, descend en capuche sur les côtés jusqu’en bas du cou. Il peut aussi s’agir d’une chevelure tressée.

 

Plusieurs représentations de femmes ont été ainsi découvertes dans notre région, telles que la Vénus de Lespugue, près d’Aurignac en Haute-Garonne et elles datent d’environ vingt-cinq mille ans avant notre ère. Ce qui est admirable est que ces statuettes aient ainsi traversé les siècles, protégées par la poussière et les alluvions, dans des cavités où elles étaient à l’abri de bien des avanies. Ce qui l’est moins c’est que, de leur milieu d’origine on les ait placées dans des musées où toutes leurs énergies sont stérilisées, probablement à jamais. Mais c’est l’esprit de notre époque de vouloir tout muséifier, de vouloir tout savoir sur le passé, de sonder les cœurs et les cavités sans en tirer quelque leçon de vie puisque la peur de la mort est plus que jamais présente, telle la passagère clandestine d’une sorte de Titanic filant vers son morceau de banquise.

 

Pour terminer, j’ajouterais, ceci pour complaire aux zélateurs des minorités dites sexuelles opprimées, que rien ne permet d’affirmer que cette dame soit du sexe féminin. Mais ne faut-il pas laisser aux lecteurs et aux auditeurs une part de rêve ?

 

Voilà, c’est tout et c’est une vraie histoire,

 

 

 

What do you want to do ?
New mail

jeudi 10 décembre 2020

Dernier tableau (6)

Une fois repu, il prend, à travers les bruyères, le chemin qui mène vers la route, jusqu’à l’arrêt du bus.

Le bus arrive peu après, il monte à l’avant pour mieux voir défiler le paysage. Il décide de descendre en ville, sans attendre l’arrêt de la gare routière, bien plus proche de chez lui. En remontant l’artère principale, il avise la boutique d’un brocanteur et, après avoir regardé la devanture, il se décide à entrer. Il y a de belles choses, il cherche un petit tableau à accrocher à ses murs mais rien ne lui convient. Le brocanteur est de surcroît peu avenant, il sort donc sans rien acheter. Quoi qu’il en soit, la ville est si agréable à arpenter qu’il souhaite continuer à la visiter. Il arrive sur une place et découvre la vitrine d’un antiquaire, le genre de magasin un peu trop chic pour ses moyens. Mais, au diable l’avarice, il entre avec son petit sac à dos, pensant se faire refouler sans tarder.

En poussant la porte, il fait sonner le léger timbre, mais personne ne se manifeste. Il avance dans le magasin, se délestant de son sac en le prenant à la main par la poignée du haut. La boutique est encombrée de meubles de valeur, il a peur de les érafler en passant et se demande si sa présence n’est pas incongrue dans ce lieu.

 

– Entrez, entrez, ce n’est pas tous les jours que je vois venir des sportifs ici, dit une voix qui vient de derrière une vitrine de style.

– Excusez-moi, mais je suis ici un peu en touriste, je ne voudrais pas vous déranger, dit il précipitamment.

– Pourquoi me dérangeriez-vous ? répond la voix. C’est le moment de ma tasse de thé et je serais fort heureux de partager le contenu de ma théière avec un honnête homme, que dis-je, un humaniste peut-être. Qu’en pensez-vous cher monsieur ?

– Me voilà pris au dépourvu, monsieur, je suis seulement à la recherche de petits tableaux pour garnir mes murs et je me vois invité à une tea-party !

– Peut-être n’avez-vous pas les moyens de vos ambitions, mon cher monsieur, mais votre amitié, ou tout au moins votre présence amicale, me ferait plaisir car si j’aime beaucoup le thé, j’aime plus encore le déguster en bonne compagnie.

 

Il se sent désarmé par tant d’affabilité, pose son sac à côté de la petite table où l’homme plus âgé que lui mais portant beau, le cheveu blond et argent, se lève, lui propose une chaise et va chercher une autre tasse qu’il pose devant Hervé qui se sent un peu contraint dans son habillement de marcheur. Cependant, par son accueil bienveillant, l’antiquaire a tôt fait de le mettre à l’aise. Il lui sert du thé.

 

– Puis-je considérer que vous acceptez mon invitation ? lui dit-il.

– Avec plaisir, monsieur, mais je suis un peu confus…

– Tss, tsss, voyons, vous me faites plaisir en vous assoyant en face de moi. Vous êtes un grand marcheur, dites-moi ?

– Non, pas du tout, je viens de prendre ma retraite et je me suis installé dans la région.

– Ici en ville ?

– Non, je n’en ai pas les moyens, je n’ai qu’une modeste retraite. J’ai trouvé un petit meublé, rue Équoignon.

– Cela existe cette rue ? C’est dans les nouveaux quartiers ?

– Nouveau, si l’on peut dire, la maison date des années trente…

– C’est bien ce que je disais. Mais ne faites pas attention, je ne suis jamais sorti du centre de Saint-Lambaire.

– Donc, j’ai trouvé ce meublé pas trop cher et mon ambition, si je puis utiliser ce mot, est de découvrir ce beau pays en marchant.

– Vous avez raison, le pays est très beau et moi-même j’aime marcher, mais je me contente de ma promenade journalière, une petite demi-heure en ville. Et qu’est-ce qui vous amène chez moi ? lui demande-t-il.

 (à suivre...)

What do you want to do ?
New mail