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jeudi 7 août 2014

Le cabot de Fortunio (5)

-          Y sont où, les blessés ? me hurle un pompier sur un ton militaire.
-          J’ai trouvé personne sur place, réponds-je, je suis arrivé après l’accident, j’ai cherché partout…
-          Un instant, brigade de Marmande. Vous n’êtes pas témoin de l’accident ? Vous n’êtes pas blessé ? me demande un gendarme.
-          Non, je suis arrivé, tout était déjà comme ça, j’ai rapidement regardé, j’ai vu personne et j’ai fait le 112, je ne peux pas vous en dire plus.
-          Vous êtes monsieur Forelle, non ? demande l’autre flic que j’identifie comme étant un certain Livron.
-          Oui, en effet, dis-je.
-          Ah, alors on se connaît un peu. Bon, récapitulons : vous êtes arrivé sur les lieux vers quelle heure ?
-          Vers minuit et quart…
-          Vous n’avez touché à rien ? C’est votre véhicule, là ? Vous devriez éteindre les lumières ou mettre les veilleuses.
-          Oui, vous avez raison.
-          Bon, reprend-il, vous n’avez vu personne ? Il faut chercher, vous avez du matériel pour éclairer ? On va déjà voir ce qu’on peut faire comme photos, dit Livron aux pompiers.
Un pompier braque un projecteur, les flics s’affairent avec leur matériel de photos et les deux autres pompiers battent les fourrés pour voir s’ils trouvent un blessé.
-          Vous avez encore besoin de moi, ici ? dis-je aux gendarmes.
-          Ne partez pas, surtout ! On a encore besoin de vous, il faut faire une déposition, au minimum laisser vos coordonnées. Attendez un peu, vous pourriez peut-être chercher avec les pompiers. Je vais appeler du renfort, je sais bien que ce n’est pas passionnant mais ne nous laissez pas tomber ! dit Livron en rigolant.
-          Bon, bon, je vais jouer au pompier volontaire avec ma lampe de poche mais je n’ai pas grande envie de dénicher de la viande froide.
Je rejoins les deux pompiers-chercheurs pendant que les flics-photographes font des clichés de la scène de crime. On bat les fossés et les fourrés sans succès durant une dizaine de minutes quand un autre gyrophare tournoie à l’horizon, venant dans le sens inverse..
-          Ah ! Les renforts, ça doit être Vézeral, dit le collègue de Livron.
Un autre break arrive et je vois descendre mon Queutard, chef à Vézeral, affublé d’un autre pandore moustachu. Il salue ses collègues et le pompier éclairagiste puis, découvrant ma présence, il fait un sursaut et s’écrie :
-          Qu’est c’qui fout là celui-là ?
-          Bonjour, chef, lui dis-je en lui braquant ma torche dans les yeux.
-          Monsieur est notre témoin, occupez-vous de la voiture et de chercher ce qu’on peut trouver, je vais prendre sa déposition, coupe Livron.
-          Comme témoin ? éructe Queutard.
-          Comme témoin, oui. C’est Monsieur Forelle qui a appelé les secours et qui a eu l’amabilité de nous attendre sur place, répond Livron. L’enquête étant de notre ressort, c’est moi qui prends les dispositions. Vous n’y voyez pas d’inconvénient ?
-          Non, mais vous avez pris son alcoolémie ?

-          Allons, allons, mettez-vous au boulot, il faut chercher, prendre les relevés puis dégager la voie, ne perdons pas de temps, dit Livron en m’invitant à le suivre dans le break.
(à suivre...)

jeudi 31 juillet 2014

Le cabot de Fortunio (4)

Que quoi ? Bon, il est dix heures, je vais aller boire un godet à Berac, histoire de ne pas rentrer tristement chez moi. Je suppose que le bistro est ouvert, je vais me jeter une mousse dans le gosier. Le bistro de Bérac, c’est pas le Fouquet’s, c’est pas demain la veille que la sarklique viendra faire la fiesta chez Guillaume, pas la peine de commander du champagne, ici c’est pastis pour tous, ouiski pour les grosses gueules et bière pour la soif. Le rouge, c’est pour les vieux, manière de les conserver dans le vinaigre, comme les cornichons.  Ce soir-là, je tombe à pic, il manque un quatrième, Desgouils (prononcer Dessgouilss) vient de déclarer forfait. Il boit trop vite son ouiskard et au dixième il sent l’appel du plumard. Il va jusqu’à son 4x4 Pacheco, sur le parking, et ronfle au volant pendant deux heures, après quoi il se considère comme clean. Donc, lorsque je passe la porte, je suis accueilli comme le messie, pas question de se dérober. Guillaume me tire une mousse. Sottier trempe ses bacchantes dans un pastis et Lémarie, dit Taste, sirote un verre de rouge. Le pinard à Guillaume, c’est un rince-gencive du siècle dernier, bouteilles étoiles consignées en caisses de douze, pas plus de dix degrés mais fatal pour les chaussettes. Quant à Lémarie, un cas celui-là. Personne ne l’appelle par son nom, on l’appelle Taste, diminutif de Tastepiot (prononcer le t final), un souvenir de jeunesse mais comme l’ensemble est quelque peu tendancieux, on se contente de Taste. Il fait soixante-quinze berges et sa biographie tiendrait une dizaine de volumes. Guillaume, le patron, ne boit que de l’eau, il dit avoir atteint son quota il y a dix ans et qu’il se remettra à boire le jour où quelqu’un lui prouvera qu’il a réussi à picoler autant que lui. Les trois compères sont à une table avec un jeu de cartes, papier crayon et cendard. J’accepte de jouer à la seule condition qu’on ouvre une fenêtre, qu’on joue sans annonces et qu’on s’arrête à minuit dernier carat. Sottier et Taste font équipe, je m’acoquine avec Guillaume. C’est pas le plus mauvais équipier car il n’est pas troublé par l’alcool. Taste et Sottier commencent par nous mettre dedans, puis capot, rien à faire les cartes sont contre nous. Un mille, la revanche, la belle et à minuit on se dit sans rancune aucune et à une autre. Je repars avec ma fourgonnette et, en comptant l’apéro Debassac et les cinq petites kros que je me suis enfilé, je me dis que ça craint un peu mais pas trop, on est jeudi soir. Bon, je vise quand même les routes secondaires histoire de ne pas tenter le diable. Je passe par le bois des Copiaudes, c’est un endroit que je connais bien, il y a des coins à champignons, cèpes, girolles et autres, mais inutile de le proclamer sur les toits… La route traverse le bois en ligne droite sur plus de trois kilomètres mais la nuit faut faire gaffe, le gibier traverse sans crier gare. Je suis donc particulièrement attentif, essayant de discerner une éventuelle traversée. Je balaie des yeux à 180 degrés tant et si bien que je tarde à apercevoir une carrosserie de bagnole en plein milieu de la route. Le truc incompréhensible, il y a de la pièce détachée sur toute la route, un siège dans un fossé, une portière au pied d’un arbre. Je m’arrête sur la droite de la route en orientant ma fourgonnette de telle sorte que les phares éclairent la scène de ce que je suppose être un accident. Je sors, armé d’une lampe torche, un peu inquiet. Il y a de bonnes chances pour que je découvre l’un ou l’autre blessé, pourquoi pas un macchabée… Le spectacle est incroyable, il y a de la pièce partout, il n’y a plus qu’une portière arrière accrochée à la carrosserie qui elle-même n’a plus ni pare-brise ni lunette arrière. Il y a des éclats de verre partout. Le tableau de bord pend lamentablement, le siège arrière est disloqué. Impossible de reconnaître le modèle et la marque du véhicule, de ce qui était une bagnole. Personne dans la coque, je suppose que le chauffeur et ses éventuels passagers ont été éjectés et je me mets en devoir d’inspecter les fossés. Rien. Je passe à côté du bloc moteur-boîte qui fume encore légèrement. Je pose la main dessus, il est encore chaud donc l’accident a eu lieu il y a peu. J’ai beau faire le tour, je ne vois personne. Dans un fossé, je trouve l’essieu arrière avec un pneu déjanté, un peu plus loin une portière et un siège avant. J’appelle, pas de réponse. Bien, il va falloir ameuter la cavalerie, je ne vais tout de même pas me défiler. J’appelle donc le 112. Je peux indiquer l’endroit avec précision mais mon interlocuteur me demande de rester sur place. Ça ne m’enchante pas de jouer le planton mais j’ai mis le doigt dans l’engrenage, je promets d’attendre l’arrivée des bleus. Je passe près d’une demi-heure à battre la semelle et à continuer l’inspection des fossés et des fourrés puis je vois arriver des gyrophares bleus, un break de gendarmerie et un camion de pompelards. Ça s’arrête en X sur la route, deux gendarmes déboulent du break et trois pompiers du camion.
(à suivre...)

dimanche 27 juillet 2014

Chronique du temps exigu (116)

Sous le Pont Mirabeau coule la Seine et je pensai soudain à Ernesto Che Cussotile… Avais-je donc promis de faire un geste pour le sortir de l’anonymat où il croupissait, de donner un peu de lustre à son existence si terne ? Il me fallait m’en préoccuper sans tarder et honorer la parole donnée. Je ne suis pas sans savoir non plus que sans ignorer que, de nos jours, bien peu sont ceux qui se moquent bien des promesses et des engagements qui sont les leurs ; mais pour ce qui est de respecter,  s’il n’en reste qu’un à respecter ses dires, que ce soit moi, diantre !
J’enfourchai donc ma quadruplette à énergie scolaire, don de mon ami cap, et fonçai à toute allure en direction de l’aéroport où je me garai en double file. Un membre des forces de l’ordre un peu voûté m’intima aussitôt de garer proprement mon attelage mais je lui fourrai sans barguigner un billet de 12,5 caracapenatos dans la main afin qu’il s’en occupe lui-même. Après s’être emparé de la coupure en question, il entama un redressement productif de la colonne vertébrale et siffla le concierge de l’aéroport qui se chargea de mon véhicule après force courbettes. On dit que l’argent ne fait pas le bonheur mais qu’est-ce qu’il fait gagner comme temps !
Je pris donc un billet pour Gucheco et montai dans un aéroplane de grand luxe avec sièges rembourrés. Le voyage ne durant guère plus de deux heures, je n’eus pas l’occasion de consommer quelque boisson acidulée ou autre car je me réservais pour la fraîche anisette locale. A l’aéroport, je ne retrouvai pas la petite friponne qui m’avait loué une voiture mais un solide commercial cravaté à chemise blanche qui me loua une antique voiture néerlandaise à embrayage automatique pour un prix avoisinant le prix d’achat d’une berline allemande à crédit. Fort judicieusement, je m’étais muni d’un paquet impressionnant de monnaie locale et je fonçai sans tarder vers Caracapenata.
Arrivé sur place, je m’attardai comme prévu dans le quartier haut et me fis servir une première anisette à la terrasse du café central où je fis la connaissance de joyeux lurons à qui je payai une tournée générale.
Les meilleures choses ayant une fin, je quittai mes commensaux et descendis vers la ville basse, retrouvant le morne quartier d’Ernesto Che. Sa maison me parut encore plus triste que dans mon souvenir, même la sonnerie me sembla comme affligée. Il apparut et sa sombre figure, lorsu’il m’aperçut, s’éclaira d’une lueur fugace.

-    Entrez, me dit-il, j’ai fait un rêve étrange, un cauchemar !
(...)

jeudi 24 juillet 2014

Le cabot de Fortunio (3)

-          Je n’en sais rien. Bon, on a causé un peu mais cette nana a commencé à me pomper l’air en me reprenant sur ma manière de parler. Car mademoiselle est prof de français, faut dire. J’abrège, j’ai passé la nuit dans son appartement…
-          Dans son lit, je suppose ?
-          Oui mais je me suis endormi avant toute festivité, dirais-je. Mademoiselle n’est pas rancunière car le lendemain elle me laissait partir avec un panier casse-croûte, sa voiture et sa bénédiction…
-          Mais, et votre voiture ?
-          Elle manquait de discrétion alors que la sienne, c’est une petite berline passe partout. Donc, je suis reparti à la chasse au magot, je n’en dirai pas plus car il y a des détails sordides. Et quand j’ai voulu rendre la voiture à sa propriétaire, elle s’était envolée…
-          C’est-à-dire ?
-          Elle avait laissé ma fourgonnette dans un garage avec un petit mot disant qu’elle était partie pour l’Afrique -en coopération ou que sais-je ?- et qu’on se reverrait peut-être un jour…
-          Et alors ?
-          Et alors, pas de nouvelles…
-          Elle a ton adresse, tout de même ? Excuse-moi si je tutoie mais on est entre nous.
-          Oui, bien sûr, elle est sur ma fourgonnette, mon adresse !
-          Et alors, c’est d’elle qu’il s’agit, tu es amoureux d’elle, mon petit Fortunio !
-          Oui, boff…
-          Je résume : tu as retrouvé ton pécule, tu es amoureux, tu ne le sais pas, heureusement que je suis là pour te le dire sinon tu continuerais à te mentir à toi-même. Et les autres femmes, c’était quoi ?
-          Des complices ou des comparses, c’est tout.
-          Voilà, c’est tout ce que je voulais savoir. Tu sais, je t’aime bien, comme maçon mais aussi comme mec. Et ça me plairait bien de savoir que tu es heureux. Bon, on a couché une nuit ensemble, mais cela ne m’empêche pas d’avoir de l’amitié pour toi : tu vois, je suis sans rancune moi aussi !
-          Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?
-          Pas d’embrouilles entre toi et moi, mon petit Fortunio, je plaisante. Allons, je dois y aller. Je suis sûre que tu ne m’as pas raconté toute l’histoire mais c’est bien, je me contenterai de cela. Ce que je veux que tu saches c’est que je suis et je resterai ton amie. Promets-moi que si tu as un problème, un vrai, tu feras appel à moi !
-          C’est promis, Juliette.
-          Ah, tu vois que tu sais parler gentiment. Hop, on se fait la bise et je te mets dehors, comme ton copain Récanier. Celui-là, j’aurais préféré lui coller une paire de claques mais il y a des fois où il faut savoir se retenir.

Je reprends ma vaillante fourgonnette et quitte La Bertoude. Ce que m’a dit Juliette me laisse pensif. Elle a certainement raison. J’avais un peu tenté d’oublier Eliane après cette histoire mais je dois bien reconnaître que… que…
(à suivre...)

dimanche 20 juillet 2014

Chronique du temps exigu (115)

La suite du poème d'Aragon
(…) Nous avons fait des clairs de lune
Pour nos palais et nos statues
Qu’importe à présent qu’on nous tue
Les nuits tomberont une à une
La Chine s’est mise en commune
Nous avons fait des clairs de lune

Et j’en dirais et j’en dirais
Tant cette vie fut aventure
Où l’homme a pris grandeur nature
Sa voix par-dessus les forêts
Les monts les mers et les secrets
Et j’en dirais et j’en dirais

Oui pour passer le temps je chante
Au violon s’use l’archet
La pierre au jeu des ricochets
Et que mon amour est touchante
Près de moi dans l’ombre penchante
Oui pour passer le temps je chante

Je passe le temps en chantant

Je chante pour passer le temps

jeudi 17 juillet 2014

Le cabot de Fortunio (2)

Nous voilà donc tous les deux dans le grand hall de La Bertoude. Je me demande in petto si elle compte me rejouer la scène de la sortie de taule.[1] Une fois que les véhicules ont démarré dans la cour, elle pointe un doigt vers mon plexus.
-          Monsieur Fortunio, vous me devez quelques explications. Je n’ai guère eu l’occasion de vous voir tranquillement pendant le chantier pour en parler mais il s’en est passé des choses après votre départ, une certaine nuit… je pense que vous me devez bien cela. Rassurez-vous, je me contenterai, en tout bien tout honneur, d’entendre la suite de vos aventures. Et tâchez d’être concis, je dois rejoindre mon mari à sa réception avant onze heures. Tenez, vous allez m’aider à ranger un peu les verres et les bouteilles en me racontant tout cela.
-          Bien mais c’est une histoire à la fois très simple et très compliquée…, commencé-je.
-          J’ai bien dit soyez bref. Alors il ne faut pas me prendre pour une conne, cher monsieur. Vous avez disparu en laissant vos hommes sur le chantier et il y a une chose dont je suis à peu près certaine, c’est que vous êtes amoureux. Vous ne le savez peut-être pas : moi je le vois, vous n’êtes plus le même que celui que j’ai fait sortir de prison il y a six mois. Alors, je vous écoute et ne traînez pas, j’ai un train à prendre comme l’on dit ! Et supprimez l’adverbe « mais » de votre vocabulaire…
-          Bien, toutefois et néanmoins vous avez certainement raison. Je résume : après être sorti d’ici un certain petit matin, je suis revenu sagement chez moi où j’ai découvert que j’avais été cambriolé. Bien sûr, je ne tenais pas à faire de pub et je suis parti à la recherche de mes cambrioleurs…
-          Car ils étaient plusieurs ?
-          Oui, mais c’est le cerveau qui m’intéressait, si je peux dire. Donc, après quelques péripéties, j’ai retrouvé mon bien.
-          Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !
-          Oui, je sais, Madame ! En bref, je me suis retrouvé enfermé dans une cave à Toulouse, je me suis échappé, j’ai retrouvé la trace de mes monte-en-l’air, de Clermont-Ferrand à Périgueux en repassant par Toulouse. Ce fut dur mais j’y arrivai…
-          Et la femme dans tout cela ? Car il y en a une, certainement.
-          Plus d’une, deux ou trois ou quatre…
-          Passons. Et vous avez récupéré votre bien : c’était quoi, ce bien, pour que vous n’ayez pas voulu porter plainte ?
-          Primo, je n’allais pas déposer une plainte à la gendarmerie, c’est bon, j’ai déjà donné. Ensuite, le plus efficace est bien de courir plus vite que les voleurs. Bon, disons que j’avais un petit magot planqué sous mon matelas.
-          Du black, quoi. Il y en a qui ont un compte en Suisse et d’autres qui planquent leur fric sous leur matelas.
-          C’est une question d’échelle, mon magot était modeste mais j’y tenais. Et j’ai bien fait puisque je l’ai récupéré. Ce qui intéressait vraiment mon cerveau, ce n’était pas mon petit magot, il a fait cela en passant. Il visait plus haut au détriment de quelque connaissance à moi et j’ai réussi à déjouer ses manigances…
-          On se croirait dans les aventures de Tintin. Bon, je comprends que vous n’entrerez pas dans les détails. Mais, allez allez, je veux savoir, pour la femme, celle qui compte, pas les deux ou trois autres…
-          Cherchez la femme, dit l’adage. Eh bien je reconnais que cette histoire s’est terminée bizarrement. Je disais donc que je me suis fait boucler dans une cave toulousaine, un vrai cul-de-basse-fosse, un trou à rats. Mais vraiment boucler. J’ai eu du mal à forcer la porte. Je me suis retrouvé dans les rues de la Daurade à dix heures du soir, crade et affamé. J’ai fort heureusement trouvé un bistro-restau, le genre boui-boui où je ne craignais pas de me faire refouler. Le truc qui marche à fond sur le plat du jour à midi et mollo le soir avec quelques habitués. C’est là que je me suis fait, pour ainsi dire, draguer par la nièce du patron.
-          Et monsieur est tombé raide de la bistrotière ?

(à suivre...)

[1] Voir : « Le magot de Fortunio ».

dimanche 13 juillet 2014

Chronique du temps exigu (114)

Tiens, tiens, tiens… et si j’avais la flemme en ce week-end patriotique ? Alors voici un poème de Louis Aragon :
Je chante pour passer le temps
Petit qu’il me reste de vivre
Comme on dessine sur le givre
Comme on se fait le cœur content
A lancer cailloux sur l’étang
Je chante pour passer le temps

J’ai vécu le jour des merveilles
Vous et moi souvenez-vous-en
Et j’ai franchi le mur des ans
Des miracles plein les oreilles
Notre univers n’est plus pareil
J’ai vécu le jour des merveilles

Allons que ces doigts se dénouent
Comme le front d’avec la gloire
Nos yeux furent premiers à voir
Les nuages plus bas que nous
Et l’alouette à nos genoux

Allons que ces doigts se dénouent (…)