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dimanche 13 octobre 2013

Chronique du temps exigu (81)

« Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps
Le beau temps me dégoute et m'fait grincer les dents
Le bel azur me met en rage »

Qu’est-ce que le beau temps ? Et qu’est-ce donc que le mauvais temps ? D’après ce qu’en disait le renard du désert, le mauvais temps, c’est du temps qui dure…
Mais quand les temps sont durs, qu’est-ce que du temps qui dure ? Le temps paraît bien long quand il fait mauvais et comme le temps passe quand il fait beau. Tant et si bien que le t’en fais pas et que le temps t’accule. Pourquoi entend-on si rarement dire : « il fait beau » lorsqu’enfin il pleut après des semaines de sécheresse et qu’enfin les prés reverdissent, les ruisseaux coulent et les champignons  poussent dans les bois. Pourquoi entend-on les bureaucrates bronzant en vacances dire : « quel beau temps » tandis que l’ouvrier peine depuis des jours avec sa pioche en plein soleil ? Pourquoi entend-on dire : « quel sale temps » alors que l’on pourrait chanter sous la pluie en poussant de pleines brouettes de terre gluante ?
Disons aussi que tout ce qui qualifie le temps est souvent sujet à caution : qu’est-ce donc que le gros temps alors qu’on n’entend jamais dire : « il fait mince temps » ? Et que sont donc de larges éclaircies quand il y en a rarement d’étroites ? Qu’est-ce donc qu’un temps de chien alors que nul nuage n’aboie ? Et un froid de canard  ne serait-il pas tout simplement une déformation de foie de canard (que l’on mange au nouvel-an…) ? Et un temps de cochon, serait-ce quand la pluie a tout des truies ?
Non, en vérité, le mauvais temps, c’est le temps des grincheux, des pisse-froid, des cacochymes et autres amputés du cœur. Le beau temps, c’est le temps qu’il fait lorsque l’on a bon caractère. C’est le temps qui vient, c’est le temps qui passe, le temps de la valse à mille temps. C’est le temps auquel on donne du temps sans pour autant tenter de le retenir. C’est le bon vieux temps qui rajeunit chaque fois qu’on sourit, le temps des cerises, le temps de l’imparfait, du conditionnel, le temps du futur et le temps de l’éternité (tiens, tiens…).
« Cau prénguer lo temps coma veng,
Las gents coma son,
L’argent au cors
E sera muros. »[1]
On voit par là qu’on n’a plus le temps d’en perdre : prenons du bon temps !




[1] « Il faut prendre le temps comme il vient,/ Les gens comme ils sont,/ L’argent au cours,/Et nous serons heureux. » Georges Boué, "Mon ami Pierre".

dimanche 6 octobre 2013

Chronique du temps exigu (80):




Se soigner va-t-il devenir un luxe pour les français ?
Voilà une question à laquelle, faute de pouvoir vous donner moi-même une réponse, je laisserai répondre le bon docteur V. Ce dernier, dont j’ai parlé dans ma 33ème chronique en date du 11 novembre 2012, soigne les êtres vivants par les plantes. Par les plantes des pieds, avais-je précisé alors.
Voilà donc ce que me déclarait en substance ce bon docteur : se soigner est en effet un luxe, un des seuls que peuvent se permettre les malades qu’ils soient imaginaires ou non. Et si pour eux se soigner est un luxe, guérir est parfois une nécessité. Parfois, dit-il, car une guérison rapide n’est pas toujours souhaitable en particulier pour un certain nombre de salariés dont la couverture sociale exige qu’ils soient malades un nombre de jours convenables pour justifier une prise en charge par la sécurité sociale. Après une telle phrase sans ponctuation, le docteur reprit son souffle et un spray de vanitoline puis poursuivit. En effet, la « sécu » n’est pas faite pour les chiens, cela se saurait dans le milieu vétérinaire, et les indemnités journalières se conjuguent toujours au pluriel. Il n’y a que les travailleurs indépendants qui aient vraiment le droit de guérir vite et dans les meilleurs délais.
Mais revenons à nos boutons de varicelle et rappelons donc que si se soigner est un luxe et guérir une nécessité, prendre soin de soi est la moindre des choses. Car, disons le en toute sincérité et c’est toujours le docteur V. qui parle, qui se soigne commence bien souvent par soigner le portefeuille des autres. Que deviendraient les soignants sans malades ? Seraient-ils obligés de se guérir eux-mêmes, d’inventer des maladies nouvelles et aux noms extraordinaires ? Ou, pire encore s’ils se trouvaient sans activité aucune, devraient-ils se convertir à la fonction publique ?
Donc, récapitula-t-il, se soigner est un luxe utile pour les autres. Guérir est une nécessité pour les malades. Prendre soin de soi est un plaisir et une volupté. Câlinons-nous, chérissons-nous,  soyons bons pour nous-mêmes, pour les autres et réciproquement. Et surtout évitons la maladie comme la peste !
On voit par là qu’en revenant à nos moutons, le suint n’est jamais bien loin.

mardi 1 octobre 2013

Chronique du temps exigu (79)




L’anglais est une langue en voie de disparition, contrairement à bien des idées reçues. Non que ses locuteurs disparaissent mais parce que ces derniers abandonnent progressivement ce parler en usage non seulement outre-manche mais encore dans bien d’autres régions du monde.
George-Bernard Shaw disait que, de toutes les langues, l’anglaise est la plus facile à mal parler et, comme à son époque le net n’existait pas encore, il ne pensait pas si bien dire. En effet, voyez ces extraordinaires sabirs que l’on découvre au fil des pages virtuelles de nos écrans, tous ces acronymes dont quelquefois nul ne sait plus à quoi ils renvoient, tous ces raccourcis et ces crases dont bien des gens savent qu’ils ignorent ce qu’ils veulent dire… vous me direz que bien des langues en sont là.
Mais ce qu’il arrive à la langue anglaise est terrible car elle est victime de son succès : après avoir traversé, par tous moyens appropriés, l’océan atlantique, elle s’est américanisée. Reconnaissons que cela lui a permis de s’enrichir de quelques écrivains de qualité mais aussi elle a été asservie aux nécessités de l’informatique. Ainsi qu’une tache d’huile, la langue des computers a envahi la quasi-totalité du monde et moult locuteurs précédemment non anglophones se sont mis à baragouiner cet idiome à leurs façons, créant de la sorte des pidgins surprenants. On n’est désormais pas loin de cet espéranto et volapük intégrés dont se gaussait le premier président de notre Cinquième République.
On ne peut toutefois pas affirmer, comme je le disais en commençant, que la langue anglaise soit en voie de disparition, le mot est un peu fort ; elle est plutôt en voie de dissolution et finira par se dissoudre en se répandant. Nous n’entendrons plus mugir dans nos campagnes ces voraces anglois, Lewis Carroll n’en eût pas été surpris et Shakespeare pourra enfin se retourner dans sa tombe… my kingdom for a worse !
On voit par là que la langue française n’a guère de souci à se faire.

dimanche 22 septembre 2013

Chronique du temps exigu (78)



Chronique du temps exigu (78):
Profitons de la date pour, en toute paresse, nous reposer avec les paroles de cette chanson de Georges Brassens :
Un vingt et deux septembre au diable vous partîtes,
Et, depuis, chaque année, à la date susdite,
Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous...
Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre,
Plus une seule larme à me mettre aux paupières :
Le vingt et deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

On ne reverra plus, au temps des feuilles mortes,
Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte
Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous...
Que le brave Prévert et ses escargots veuillent
Bien se passer de moi et pour enterrer les feuilles :
Le vingt-e-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d'ailes,
Je montais jusqu'au ciel pour suivre l'hirondelle
Et me rompais les os en souvenir de vous...
Le complexe d'Icare à présent m'abandonne,
L'hirondelle en partant ne fera plus l'automne :
Le vingt et deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

Pieusement noué d'un bout de vos dentelles,
J'avais, sur ma fenêtre, un bouquet d'immortelles
Que j'arrosais de pleurs en souvenir de vous...
Je m'en vais les offrir au premier mort qui passe,
Les regrets éternels à présent me dépassent :

Le vingt et deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.


Désormais, le petit bout de cœur qui me reste
Ne traversera plus l'équinoxe funeste
En battant la breloque en souvenir de vous...
Il a craché sa flamme et ses cendres s'éteignent,
A peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes :
Le vingt et deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

Et c'est triste de n'être plus triste sans vous

dimanche 15 septembre 2013

Chronique du temps exigu (77)



La démocratie est faite pour l’homme, mais celui-ci n’est pas fait pour celle-là. Le 11 septembre 1973, l’armée prend le pouvoir au Chili, avec l’aval, l’aide peut-être, de la plus grande démocratie occidentale.
Au nom de quoi une grande démocratie peut-elle soutenir et aider des militaires à torturer, violer, tuer ? Au nom de quoi peut-elle faire perdurer un gouvernement non élu et installé par la force ? Au nom, tout simplement, du réalisme économique. La démocratie, c’est bon pour les pays riches, pas pour les latinos, faut pas rigoler tout de même !
Donc, réfléchissons : dans les pays riches, occidentaux et bien-pensants, on accepte la dictature des puissances d’argent pourvu qu’ils arrosent suffisamment une classe moyenne aveugle, égoïste et auto satisfaite (quoique toujours prête  à vilipender avec à propos et du bout des lèvres les financiers véreux…) qui fait le terreau dans lequel poussent les roses urticantes d’un libéralisme économique rayonnant. Pour ce qui est des autres pays, on est bien content d’accepter des dictateurs qui font travailler non seulement les marchands d’armes mais aussi leurs employés qui ne se soucient guère des conséquences de l’utilisation de leur fabrication. Évidemment, un ouvrier dans une fromagerie peut être moins inquiet des retombées d’un fromage, même bien fait et coulant, sur les populations environnantes.
Bien sûr, dans les pays dits riches, tous les habitants ne sont pas riches ni ne font partie de la classe dite moyenne. Mais tous ont le droit d’avaler les couleuvres que leur distillent à gros bouillons les chaînes, payantes ou non, de radio et de télévision ; tous ont la possibilité d’entendre, sinon d’écouter, les passionnantes analyses politiques et économiques des experts consanguins et écholaliques du petit monde de la communication audiovisuelle ; tous ont accès à la potion magique des discours des politiciens de toutes farines. C’est cela la démocratie moderne, une amère potion concoctée sur le dos des pays qui n’y ont pas droit. Une tisane lénifiante pour les électeurs des pays riches et une purge, un bouillon d’onze heures pour les autres.
 Voilà ce que Platon écrit : « …à mon avis, la démocratie s’établit quand les pauvres, victorieux de leurs ennemis, massacrent les uns, bannissent les autres et partagent également avec ceux  qui restent le gouvernement et les magistratures ; le plus souvent même les magistratures y sont tirées au sort. » (Platon, La République)
On voit par là que, bien des années après, la démocratie n’est plus ce qu’elle aurait pu être.

dimanche 8 septembre 2013

Chronique du temps exigu (76)






L’on parle bien souvent de sujets peu réjouissants : les trains qui n’arrivent pas à l’heure, les impôts qui augmentent, la croissance exponentielle du nombre de sots et de peigne-cul, j’en passe et des pires… autrement dit, les sujets qui fâchent !
Alors, nous parlerons aujourd’hui d’un sujet réjouissant. J’utilise le « nous » non dans un sens majestatif comme le font les souverains mais dans le sens confidentiel, à savoir de vous à nous… pardon, de vous à moi.
Et, au titre de ces sujets, pourquoi ne pas parler de lectures qui font plaisir et que je vous ferais découvrir si ce n’est déjà chose faite. Sur le simple ton du commentaire personnel et subjectif.
Je viens de lire « Verdines » de Pascale Madeleine [1] et j’ai aimé ce livre qui raconte le voyage d’une vie, le retour de Livia dans une Transylvanie mythique où vivaient ses ancêtres roms et où elle pense retrouver sa mère qui l’a abandonnée après l’incendie où mourut son mari, le père de Livia. Contrainte par la misère, la maladie les lois… et les normes qui font de ces hommes et de ces femmes que l’on nomme roms, tziganes, bohémiens ou romanichels des réprouvés dont nul ne veut. Peut-on dire qu’elle cherche ses racines alors que ces gens sont sans terre ? Je préfère dire un retour aux sources, aux sources de ce peuple sans cesse refoulé mais jamais endigué comme une eau vive qui toujours ruisselle et s’échappe. Les nomades, comme les rois, les voleurs et les poètes, ne sont jamais de nulle part et c’est pour cela qu’ils sont partout chez eux.
C’est la danse et la musique qui ont mis Livia sur la voie, c’est avec un guitariste qu’elle continuera son voyage et elle trouvera sa source après avoir traversé les Carpates.
L’histoire collective et le destin personnel sont racontés en évitant le misérabilisme, avec ce qu’il faut pour donner de la vie aux personnages du roman et de la réalité au récit.
L’écriture alerte convie au voyage et la fin, ouverte et fermée comme une énigme, comme la vie, la vraie.
Et le titre « Verdines », joli titre qui évoque ces roulottes nomades et par lequel j’ai appris ce mot que j’ignorais. Et que mon dictionnaire numérique ne connaissait pas plus…
Rescapé du naufrage des Éditions Kirographaires, ce livre est en vente chez l’auteure[2].





[1] « Verdines » de Pascale Madeleine, Editions Kirographaires, juillet 2012)
[2] pascale.madeleine@yahoo.fr - 10 € frais de port offerts.

dimanche 1 septembre 2013

Chronique du temps exigu (75)




C‘est les vacances, c’est la transhumance, les journaux télévisés s’en donnent à cœur joie et abreuvent leurs sillons d’embouteillages, de bouchons routiers et de prévisions bison futé/grenouille rusée. L’on peut admirer des interviouves de gugusses aux orteils aérés, exhibant des mollets gracieux et des commentaires frisant le haut des pâquerettes.
Des hordes de burgondes, de bataves, d’éburons, de séquanais, de ménapiens, de goths, de vikings et autres tribus motorisées se pressent aux péages autoroutiers en vue d’envahir un sud mythique. Tout ce qui existe au soleil, tout ce qui représente un embryon de culture folklorique, tout ce qui fabrique de quoi empiffrer et abreuver le genre humain, tout ce qui permet de soulager vessies et boyaux est pris d’assaut dans toutes les langues. Les aires d’autoroutes, véritables tours de Babel, deviennent pour un temps les nouveaux forums d’une république des mollets en goguette.
Puis, voilà la rentrée avec son traditionnel embouteillage de caddies le long des gondoles à cahiers, à cartables et à stylos. Les mêmes gugusses, en version femelle de préférence, ont à nouveau la parole sur les ondes télévisuelles.
Les mêmes, ou à quelque chose près, sont sélectionnés pour exprimer qu’ils en ont marre. Car l’on n’interviouve que ceux qui en ont marre de quelque chose, les autres sont sans intérêt. Et il est merveilleux de voir à quel point l’on trouve des couillons prêts à dire qu’ils en ont marre de quelque chose : ils en ont marre du temps, de la pluie ou du soleil ; ils en ont marre des bouchons, des péages ou des aires d’autoroutes ; ils en ont marre de la vie chère, de la chère vie, des cahiers, des gommes et des caddies dont la quatrième roue tourne quand cela lui chante. Des sinistrés intellectuels on en trouve toujours et ils sont toujours prêts à vomir leur sinistre sur les écrans. Ce n’est vraiment pas parce que l’on n’a rien à dire qu’il faut se taire.
Tant qu’il y aura des gugusses, il y aura de la télé…