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dimanche 9 juin 2013



Chronique du temps exigu (60)
Notre pays regorge d’individu(e)s que l’on s’en voudrait de nommer autrement que crétins. Notre pays –que dis-je ? – ainsi que tant d’autre pays non seulement circonvoisins mais même bien des pays fort éloignés. Des crétins –que dis-je ? – des abrutis, des balourds, des stupides, des bêtas, des benêts, des ânes bâtés, des ganaches, des jocrisses et autres personnages obtus ou bornés. Ils sont légions, certes, mais que serions-nous sans eux ? Que deviendrions-nous si tous ces idiots ne parsemaient pas notre paysage ? Je vous le demande et d’aucuns d’entre vous pourraient me dire que l’air serait plus pur si nous étions débarrassés de toutes ces engeances. Et là, je dis non, ils auraient tort de penser ainsi !
En effet, de quoi aurions-nous l’air si nous n’avions pas ces repoussoirs pour nous mettre en valeur, nous qui sommes si angéliques, raffinés, intelligents et distingués ? Qui nous remarquerait si tous étaient aussi cultivés et fins que nous le sommes ? Alors que telle la rose poussant sur le fumier, nous apparaissons dans notre splendeur et notre éclat !
Mais, et voilà où je voulais en venir, tous ces cuistres et ces bélîtres sont les guides qui nous montrent quelles voies il ne faut pas emprunter. Arrivés à la croisée des chemins, nulle hésitation, nul doute, nous savons qu’il ne faut pas les suivre, leur route n’est pas la nôtre. Ne les suivons pas, ils foncent tout droit vers l’autoroute de la bêtise, ils nous entraîneraient sur la voie royale de la sottise et de l’imbécillité. Pour autant, il ne suffit pas de faire le contraire de ce qu’ils font car la jobardise est spéculaire et les contraires s’attirant, le risque est de retomber dans l’ornière gauche en voulant éviter celle de droite. Il faut emprunter la voie étroite de l’entendement, de la compréhension et de la beauté. Ad augusta per angusta…
On voit par là qu’il ne faut pas toujours suivre les chemins qui mènent à Rome.



Chronique du temps exigu (59)
Et pour enfoncer le clou, voici un autre extrait de « Dernier tableau » qui vient de paraître chez TheBook Editions.

« Sara indique sa place à Hervé et ils s’assoient. Le repas est simple, mais ils discutent longuement et vers dix heures, Hervé parle de s’en aller.

– L’autre jour, tu semblais vouloir me suivre chez moi et aujourd’hui que tu es dans la place, tu es bien pressé de partir ! Soit, dit Sara en se levant.
– Je ne me sens pas pressé mais il se fait tard et j’ai du chemin à faire…
– C’est bien pour cela qu’il vaut mieux que tu passes la nuit ici, je ne voudrais pas que tu prennes froid en courant les rues, répond-elle en souriant.

Il la prend dans ses bras et ils restent longtemps à s’embrasser, debout à côté de la table.

– Viens, lui dit-elle.

Il la suit dans sa chambre. Elle se déshabille et il en fait autant. Ils plongent tous deux dans le lit et s’enlacent. Ils se caressent encore et encore.
A un moment, ils entendent, dans la rue, une voiture qui fait un demi-tour bruyant. Sara saute du lit et court, nue, vers la fenêtre qui donne sur la rue.

– C’est Renato, tu ne peux pas rester là, je t’expliquerai, il est jaloux comme un tigre, ce con !
– Bon, dit Hervé en se levant et en enfilant son slip, je vais me planquer dans ton atelier pendant que tu vas lui ouvrir.
– Non, impossible, il a une clé, il va monter d’un instant à l’autre, il faut que tu sortes par ici, dit-elle en ouvrant la porte-fenêtre qui donne sur un balcon.

Elle montre à Hervé, toujours en slip, le rebord du balcon, surmonté d’un grillage en mauvais état. A côté, se trouve le balcon de la maison voisine. En enjambant le grillage, il y a peut-être moyen d’y poser le pied et d’y atterrir. Hervé regarde, incrédule.

– Allez, vas-y, tu ne peux pas rester ici, je vais te lancer tes vêtements, supplie Sara.
– Tu es sûre qu’il arrive ? demande Hervé, peu motivé.
– Barre-toi, merde, répond Sara en le poussant vers le rebord.

Hervé monte sur le rebord et enjambe le grillage, bénissant l’idée qu’il a eue d’enfiler son slip. Il arrive à tendre la jambe et à la poser sur le rebord du balcon voisin. D’une poussée, il se propulse et y atterrit. Il est encore accroupi qu’il reçoit sur la tête ses vêtements que Sara lui a envoyés en ballot. Et il est à peine remis qu’il prend sur le crâne ses chaussures. Il ramasse le tout et se planque dans l’encoignure que fait la porte-fenêtre qui donne sur le balcon. Il entend Sara fermer sa porte-fenêtre et il s’habille en vitesse sans toutefois enfiler ses chaussures. Il tente doucement d’ouvrir la croisée qui par chance n’est pas verrouillée. Il entre sur un large palier qui donne sur un escalier. Il entend non loin un ronflement dans une chambre au même niveau et un peu plus loin une télévision au rez-de-chaussée. Il descend doucement l’escalier, ses chaussures à la main, après avoir repoussé la porte-fenêtre. Il entend plus nettement la télévision. Arrivé en bas, il se trouve face à une porte qui semble bien être la porte d’entrée. Il marque un temps d’arrêt, tout parait calme. Il appuie sur la poignée et tire sur la porte qui s’ouvre. Il sort et ferme doucement la porte. Elle fait un claquement en se fermant et il avance rapidement dans la rue. Il se cache dans une entrée de garage et se chausse. Il remarque un petit cabriolet italien de couleur rouge qui n’était pas là quand il est arrivé. Il jette un coup d’œil vers la fenêtre de Sara. La lumière est allumée. Il repart vers le boulevard en se disant que ces jeux là ne sont plus de son âge. Il aurait pu se casser le col du fémur en tombant sur le balcon du voisin. Il aurait eu l’air malin, il aurait fallu appeler les pompiers. Qui sait si le Fred, oui Fred Tucaume, n’aurait pas été mis sur le coup, il se serait retrouvé dans le Courrier d’Emeraude avec sa photo en calbute ! Rien que du bonheur comme disent les télévisuels. Et ça commence à bien faire, deux fois qu’il passe à côté du plaisir. La prochaine fois, se promet-il, je la saute et après, on cause et on mange. Pas question de rejouer les acrobates. Et pour couronner le tout, il n’a même pas la bio de Leyden qui est restée sur la table basse. Et voilà qu’une pluie fine se met à tomber.

Ce soir il pleut sur Knokke-le-Zoute
Ce soir comme tous les soirs
Je me rentre chez moi
Le cœur en déroute
Et la bite sous le bras

Malédiction ! C’est là qu’il se rend compte qu’il a laissé sa veste chez Sara. Non seulement sa veste, mais aussi ses papiers. La soirée qui avait commencé au pont d’Arcole se terminait comme il se doit en Berezina. (…)

dimanche 2 juin 2013



Chronique du temps exigu (58)
Une chronique aujourd’hui ? Pas vraiment… quoique !
Il y a un an - vous en souvient-il ? – j’annonçais la publication prochaine d’un roman qui devait s’intituler : « Loin de la douleur passée ». Le temps a passé et ce roman n’est jamais sorti de chez l’éditeur, ce dernier ayant « fondu les plombs » si je peux me permettre de parler ainsi. J’ai toutefois réussi à récupérer mes droits sur cet ouvrage et il vient d’être publié et on peut donc le trouver sur le catalogue de TheBook Editions.  Je n’ai pas voulu garder le même titre et le nouveau titre est « Dernier tableau ». Le manuscrit a été remanié et je remercie la correctrice qui m’a aidé, avec patience, pertinence et célérité, à l’améliorer. Vous trouverez le lien ci-contre pour aller sur le site de TheBook Editions. Bien sûr, si vous préférez me le commander directement, cela est possible pour un montant de quinze Euros, dédicace incluse. Certains d’entre vous avaient souscrit auprès de mon éditeur défaillant et je tiens à leur disposition un exemplaire que je leur ferai parvenir gracieusement dès qu’ils se seront faits connaître, je ne pourrai assez les remercier de leur soutien.
Voici la quatrième de couverture de « Dernier tableau » :
Prendre sa retraite et s’installer dans une petite ville en bord de mer n’est pas de tout repos. Pour avoir voulu simplement accrocher un tableau au mur de son appartement, Hervé sera projeté dans le secret d’un passé dramatique. De situations cocasses en aventures inattendues, qui du tableau ou d’Hervé va posséder l’autre ?"
Et je vous propose un extrait, une courte histoire, celle du couteau turc :
« Marondeau pose le plateau et la théière et fait signe à Hervé de s’asseoir. Après avoir servi, il s’assied à son tour.

– Maintenant, je vous raconte mon histoire de couteau turc. Il faut absolument que vous entendiez cela.

– Je vous écoute.

– Il y a fort longtemps que je suis antiquaire, je vous passe les détails d’une jeunesse turbulente mais studieuse néanmoins. J’ai très vite décidé de me lancer dans le commerce d’antiquités car cela me permettait de me promener à ma guise, d’aller à Paris et dans les grandes villes de province pour m’approvisionner…

– Vous m’avez pourtant dit que vous n’étiez jamais sorti de Saint-Lambaire…

– Si vous m’interrompez, je risque de perdre le fil de mon histoire, mon cher ! Je ne suis que très peu sorti de Saint-Lambaire intra muros et je ne suis jamais allé dans les quartiers neufs. Mais bien sûr, j’ai quand même visité l’Europe et la France, je suis allé en Afrique et même en Asie. Les Etats-Unis d’Amérique ne me manquent pas, c’est un pays trop récent, dirons-nous. Je reprends donc : je devais trouver de la marchandise intéressante, je n’avais pas une âme de brocanteur et je faisais les meilleures salles des ventes. Quelquefois, vous achetez des lots, bien obligé, ou des cartons entiers pour ne conserver qu’une seule pépite. Dans une vente, à Paris, j’avais remarqué une petite malle, une très jolie petite malle dans laquelle il y avait, pêle-mêle, des vêtements et de l’argenterie. La vente fut mauvaise pour moi, je n’avais rien pu acheter alors que j’étais venu pour du très beau mobilier. Mais toute la place de Paris était là et tout m’est passé sous le nez. Par dépit, j’ai enchéri sur la petite malle, à la fin des ventes. Elle n’a séduit personne et je l’ai eue pour trois francs six sous. ai-je l’ai donc fait enlever et me la suis faite livrer à Saint-Lambaire où elle est arrivée une ou deux semaines après. En la vidant, j’ai constaté que l’argenterie n’avait que peu de valeur et il me sembla donc que seule la malle pouvait plaire à un de mes clients. Je mis dans un sac les vêtements sans intérêt pour les faire passer à un fripier et j’eus la surprise de trouver, emballé dans une chemise, un splendide couteau à lame courbée dans son fourreau, dont je supposai qu’il était de fabrication turque. Plus qu’un couteau, il faudrait même dire un poignard ; le fourreau était garni d’une belle pierre brillante et le haut du manche était lui aussi garni de deux belles gemmes chatoyantes, une de chaque côté. On aurait vraiment dit des diamants et je voulus en avoir le cœur net. Je montrai le poignard au meilleur bijoutier de la ville, un homme formidable et extrêmement compétent. Après avoir examiné les pierres, il me confirma qu’il s’agissait de diamants et, en riant, me conseilla de les faire démonter et de les vendre séparément. Je n’acceptai pas sa proposition car je trouvais regrettable de mutiler ce bel objet. Je remerciai le bijoutier et repris mon couteau. A l’époque, je n’avais encore qu’un tout petit magasin, à deux rues d’ici, avec une minuscule vitrine. En rentrant, je mis le couteau dans la vitrine, comme cela, en me disant que je ne l’y laisserais pas car on pourrait me le voler. Et c’est là que tout a commencé : un médecin de la ville passa devant mon magasin alors qu’il sortait de chez un de ses patients, il fut tout de suite attiré par ce couteau, il entra et demanda à le voir de plus près. Je n’avais pas encore décidé du prix que j’en demanderais et j’avais déjà l’acheteur car je sentais qu’il voulait faire l’affaire coûte que coûte. Mon tarif fut donc le sien et il repassa en fin de journée pour le prendre et le régler. Deux jours plus tard, son épouse me téléphona pour me demander de passer chez elle car son mari s’était gravement entaillé la main et le bras, de manière incompréhensible, en voulant nettoyer le fameux couteau. Le médecin avait été emmené d’urgence à l’hôpital et son épouse me demandait de venir reprendre le funeste couteau. Il était difficile pour moi de refuser, c’était un notable et cette histoire risquait de faire planer une ombre sur ma réputation. L’épouse du médecin n’exigeait pas que je rembourse l’objet, mais je tins à le faire, pour solde de tout compte, dirais-je. Et me voilà de nouveau avec mon couteau en magasin. Je décidai alors de revoir le bijoutier et de suivre son conseil. Le lendemain, je lui portai le couteau et, sans lui donner plus d’explications, je lui demandai s’il était toujours intéressé par l’achat des diamants incrustés. Il me fit une proposition que j’acceptai et me demanda de revenir quelques jours après, il ferait ce travail devant moi. Il me proposa de garder le couteau dans son coffre, j’acceptai et il me fit un reçu. Lorsque je revins au jour dit, je trouvai la bijouterie fermée pour cause de décès. J’allai me renseigner chez un commerçant voisin qui me dit que le bijoutier était décédé la veille au soir, apparemment d’une crise cardiaque. Je revins donc chez moi où peu après j’eus un coup de téléphone, toujours ce sacré téléphone, de la veuve du bijoutier. Ce dernier avait été terrassé par une crise cardiaque au moment où, en fin de journée, il fermait son coffre. Le couteau y était bien en évidence avec une étiquette à mes nom et adresse et la veuve me proposa de venir le récupérer avant que l’inventaire ne soit fait. J’acceptai et je me rendis aussitôt à la bijouterie où je récupérai encore une fois le néfaste poignard. Comme l’on dit, jamais deux sans trois, mon cher, et vous allez le constater. Je revins dans mon magasin, je posai le poignard sur la table et je partis dans la pièce arrière pour prendre de quoi l’emballer soigneusement. J’eus à peine le dos tourné que j’entendis qu’on entrait dans ma boutique Je me retournai, le temps de voir un homme qui s’emparait du couteau sur la table avant de s’enfuir. Je me précipitai à l’extérieur par la porte que le voleur avait laissée ouverte et je le vis se faire accrocher par une voiture. Il a été précipité à plus de dix mètres de là et je trouvai le couteau sur la chaussée, pratiquement devant chez moi, le voleur l’avait sans doute lâché au moment du choc. Un attroupement s’était créé plus loin, près du blessé, et je ramassai le couteau. Complètement choqué, je rentrai dans mon magasin, je mis le couteau en sécurité dans une armoire et je ressortis dans la rue. J’essayai d’expliquer à plusieurs personnes ce qui s’était passé, mais nul ne m’écouta, mon malheureux voleur partit dans une ambulance et décéda avant d’arriver à l’hôpital. Personne ne m’a jamais interrogé, l’enquête a conclu à un accident et le conducteur de la voiture a été mis hors de cause. Quant à la victime, il s’agissait d’un chemineau, un routard, inconnu dans la ville. Pour moi, c’en était trop. Je remis le couteau dans la malle que je rangeai dans un grenier, ne sachant qu’en faire. Je ne pouvais ni le vendre, ni le donner. Je me suis quand même renseigné sur le propriétaire de la malle et j’ai retrouvé sa trace. C’était un diplomate turc, un attaché ou un secrétaire de l’ambassade de Turquie à Paris, qui avait tué sa femme et gravement blessé l’amant de cette dernière, à coups de couteau. L’affaire avait été étouffée, le diplomate, sous le couvert de son immunité, avait regagné la Turquie et l’amant a préféré rester dans l’anonymat. La malle était probablement restée à l’ambassade jusqu’au déménagement de celle-ci. Je ne peux que croire que le couteau est celui qui a servi à assouvir la vengeance du diplomate. La malle a été vendue, ou cédée, dans un lot d’objets qui se sont retrouvés en salle des ventes. Voilà l’histoire du couteau turc et, croyez-moi, je n’ai jamais pu l’oublier.

– Ce poignard serait donc une sorte de noir talisman, un porte-malheur si l’on peut dire…

– Je n’irais pas jusqu’à dire cela, il ne m’a rien fait à moi, comme s’il voulait rester chez moi, là où il serait tranquille.

– Aurait-il la force d’aimer ? ose Hervé en se demandant quel écho aurait sa phrase.

– Objets inanimés, avez-vous donc une âme, qui s’attache à notre âme, dit Marondeau.

– Et la force d’aimer, reprennent-ils en chœur. »

dimanche 19 mai 2013




Chronique du temps exigu (56)
Il n’y a plus de saisons…
Ainsi parlait la buraliste, madame Sara Toussetra, à une dame dont le caniche trempé de pluie venait de s’ébrouer à côté du présentoir à journaux, constellant de gouttelettes les unes de notre admirable presse régionale.
En entendant cela, je me sentis reporté plus de cinquante années en arrière lorsque, petit garçon, j’accompagnais ma grand-mère à la boulangerie. J’entendis cette remarque météorologique pour la première fois de ma vie  alors que la boulangère emballait un splendide vaution verviétois. Cette sentence m’avait surpris alors que j’avais appris à l’école que, précisément, l’année se détaillait non seulement en douze mois exactement ou en cinquante-deux semaines à la louche et trois-cent-soixante-cinq jours environ. Et que tout cela se découpait, ainsi que ce merveilleux vaution,  en quatre saisons que l’on pensait immortalisées par Antonio Vivaldi.
Et voilà que ce bel édifice, naissant au printemps, culminant en été, déclinant à l’automne et assoupi pendant l’hiver se trouvait d’un seul coup rayé de la carte. Voilà qu’au printemps ni ton cœur ni mon cœur ne seront plus repeints au vin blanc, les amants n’iront plus prier Notre-Dame du bon temps. Voilà qu’il n’y aura plus d’été à Saint-Germain-des-Prés, ce ne sera plus moi, ce ne sera plus toi, il n’y aura plus d’autrefois. Voilà que les sanglots longs des violons de l’automne ne blesseront plus mon cœur d’une langueur monotone, je ne m’en irai plus au vent mauvais qui m’emporte, de çà, de là, pareil à la feuille morte. Voilà que l’hiver, le vent la pluie ne chanteront plus leur mélodie, la brume ou le soleil à mes yeux ne seront plus pareils et mille mandolines ne joueront plus pour ma rêverie… il n’y a plus de saisons et Jacques, Guy, Paul et Pétula ont raccroché leurs crampons au vestiaire.
Alors, s’il n’y a plus de saisons, en janvier j’irai chez le pâtissier, en février je pêcherai la grenouille de bénitier, en mars je ferai des farces, en avril je ne me découvrirai pas d’un fil, en mai… je vous en laisse pour que vous puissiez vous amuser vous aussi.
On voit par là qu’il n’y a pas plus de raisons de s’en faire que de saisons en enfer car après la pluie peut encore venir la pluie.

dimanche 12 mai 2013



Chronique du temps exigu (55)
De notoriété publique, le mois de mai est riche en jours fériés. L’année en cours nous permet de le vérifier. L’inamovible premier mai, fête du travail, et son fidèle 8 mai, jour de la victoire figurent chaque fois à son palmarès. Mais, par la grâce du comput –lui-même dépendant de l’Épacte, de la lettre dominicale, du cycle solaire, du nombre d’or et de l’Indiction romaine – nous comptons cette année l’Ascension et la Pentecôte en mai ! Au détriment du mois de juin qui se voit privé de son unique possibilité de jour férié… Nous avons déjà vu mars s’emparer du vendredi-saint (outre-Vosges) pour laisser le seul lundi de Pâques à avril. Mais force est de reconnaître que certains mois manquent cruellement de jours fériés chômés. Février tire son épingle du jeu en étant plus court que les autres mais septembre et octobre se refusent année après année à nous offrir des jours de congé.
Janvier, avec son premier jour, répond toujours présent ; juillet, avec ses fêtes nationales aussi ; novembre n’est pas en reste et décembre fête avec régularité la naissance de Jésus de Nazareth. Quant à août, il a le bon goût de posséder un jour férié pendant les vacances de bon nombre de salariés. Je dis le bon goût car certains d’entre eux seraient bien en peine de nous expliquer ce que signifie la fête du 15 août, assomption de la Vierge Marie. Moi-même, pour tout dire…
Mais où irions-nous si chaque salarié qui bénéficie d’un jour chômé payé devait en outre connaître la raison pour laquelle ce jour est non seulement fêté, mais encore férié, chômé et payé (pour ceux qui le sont). Pour le premier de l’an, pas dur : c’est le premier jour d’une année qui promet d’être longue. Pour Pâques, pas de problème non plus puisqu’on fête un lundi ! Et de même pour la Pentecôte…Quant au premier mai, nul n’ignore ce qu’est le travail, d’aucuns pour en être des adeptes et d’autres pour le fuir avec constance. Les fêtes nationales sont tout de même bien identifiées de tous mais il faut reconnaître que ce sont ceux qui prônent avec le plus de vigueur les valeurs républicaines qui les méconnaissent le mieux. Et si d’aucuns ignorent qui était ce petit jésus qui naquit, paraît-il, un 25 décembre, tous savent qui est le père Noël, ce financier qui fait vivre tant de commerçants.
Restent toutefois deux fêtes, le huit mai et le onze novembre dont moult bénéficiaires ne savent pas si elles commémorent le début de la guerre ou la fin de la paix ou réciproquement. C’est bien pour cela que la paix n’arrête pas de se faire attendre et que la guerre n’en finit pas de durer. Commémorerait-on la fin de la guerre des cent-ans ou le début de la guerre des boutons que ces salariés insoucieux de leur devoir de mémoire s’en ficheraient comme d’une guigne.
On voit par là que la paix comme la guerre deviendront bientôt obsolètes.

dimanche 5 mai 2013



Chronique du temps exigu (54)
Un seul hêtre vous manque et tout est dépeuplé, aurait pu dire Victor Hugo.
Les instances compétentes se sont émues de la disparition de certaines espèces d’arbres, des feuillus en particulier. Elles ont donc chargé le bon docteur V. et le savant professeur Papillon de faire une étude sur le sujet en vue d’en faire rapport à une commission ad hoc. Celle-ci sera chargée ensuite, non d’enterrer le problème car cela ne se pratique plus, mais de le dissoudre dans un langage énigmatique et abscons après avoir largement rémunéré les membres de la dite commission.
Nos deux éminents scientifiques avaient ainsi prévu de faire un tour de France des arbres afin de cerner le problème in situ, comme l’on dit. Conscients de leur proverbiale distraction, ils s’adressèrent à moi afin d’organiser leurs déplacements, leur hébergement et les divers rendez-vous indispensables avec les têtes pensantes et arboricoles de nos diverses régions. C’est avec leur autorisation expresse que je vous fais un compte-rendu résumé des investigations de nos deux experts en la matière. Car, comme il se doit, un expert est toujours en la matière. Pour toute expertise spirituelle, s’adresser de préférence à un ex-père devenu, sinon cardinal, tout au moins évêque.
Nous avons donc sillonné les routes et les canaux de France, exploré les forêts, les taillis et les vergers. Nous avons constaté la quasi disparition de l’ormeau, rongé par les flammes de quelque feu bactérien. Nous avons salué les grands hêtres dont le front, au Caucase pareil, ne résistera pas au réchauffement climatique. Nous avons pleuré sur les platanes du canal du Midi, dévorés par un chancre implacable. Le bon docteur V. a prélevé un nombre impressionnant d’échantillons de toutes sortes. Le docte professeur a pris moult notes appropriées. Moi-même j’ai photographié tant et plus de halliers, d’allées et de forêts. Nous avons consulté, questionné, écouté et analysé. Et, comme toujours, c’est le professeur Papillon qui découvrit le mal le plus terrible qui accable la gent arbustive et qui menace partout dans notre pays la survie des arbres de toutes variétés.
Mais alors, me direz-vous ? De quoi s’agit-il ?
Alors, je vais vous dire non de quoi mais de qui il s’agit ! En effet, ce n’est point une maladie, un virus ou un chancre que nous avons découvert mais c’est un être, un humain pour tout dire. Et pas n’importe quel humain, pas un quidam méconnu, non. Car il s’agit de l’élu municipal, premier édile de préférence, adjoint si nécessaire et simple conseiller en cas de nécessité. Pas n’importe quel élu, bien sûr, uniquement l’élu compétent, déterminé et consensuel avec lui-même. Pour ce virtuose de l’ordre à établir, tout ce qui est branchu, fourchu, penchu, crochu ou tordu, tout ce qui dépasse, menace ou encrasse, tout ce qui racine, s’incline ou culmine doit être aligné, corrigé ou éliminé. On comprend immédiatement que pour cet élu de la nation, véritable Robespierre de la vie végétale, l’arbre menace la sécurité des électeurs, l’arbre fait trembler l’ordre républicain et trouble la sérénité des conseils municipaux. Une seule solution face aux agressions multiples causées par les futaies et les frondaisons : il faut éradiquer l’arbre incongru, autant celui qui penche du côté où il a envie de tomber que celui qui, posté le long des routes, se précipite contre les automobiles pour les détruire. Toutefois ce Fouquier-Tinville de l’esthétique municipale sait se montrer sévère mais juste : nulle espèce, nulle variété n’est favorisée, ils ne meurent pas tous mais tous sont dans le collimateur, tout végétal qui contreviendra aux canons de l’esthétique républicaine sera implacablement supprimé quelle que soit son origine ou ses accointances.
On peut parfois en replanter mais il faut que ce soient des arbres civilisés et d’une urbanité confirmée, des arbres droits et aux branches rigoureusement érigées, des arbres capables de cacher la forêt et qui font honneur aux élus qui les ont choisis. L’élu municipal féru de ronds-points pourra parfois accepter d’accorder, au milieu d’un de ces giratoires, l’asile politique à quelque olivier centenaire arraché à sa patrie. En dehors de rares exceptions, pour ce Saint-Just des espaces verts, le seul bon arbre est un arbre abattu dont on a arraché les racines. Pour ce poète de l’environnement, rien n’est plus gracieux qu’un candélabre en fonte, rien n’est plus agréable au regard qu’un caniveau normalisé en béton  et rien n’est plus voluptueux qu’un dos d’âne judicieusement positionné.
Mais « ô saisons, ô châteaux, quel être est sans défauts… » ?

mercredi 1 mai 2013




Chronique du temps exigu (53)
Le premier mai est dit être le jour de la fête du travail. Paradoxalement, beaucoup de gens ne travaillent pas ce jour-là et fêtent donc le travail en ne faisant rien. Et les salariés qui travaillent le premier mai sont censés être payés double. C’est ce que l’on appelle avoir le labeur, l’argent du labeur et les épinards.
Nous sommes dans un pays, disait Jean Amadou, où une personne qui cherche un emploi ne cherche pas pour autant du travail. Et, s’il est des gens simples et frustes qui pensent que tout travail mérite salaire, il y a aussi bien des gens bien plus instruits et avisés qui prouvent que tout salaire ne mérite pas forcément travail. Suivez mon regard…
Jour donc de la fête du travail, le premier jour de ce mois au nom si doux est aussi la date anniversaire de ce blog si charmant appelé « Fortunio et René-la-Science » puisqu’il fut créé il y a juste une année pour vous annoncer la parution de mon premier roman.
Depuis, il en est passé de l’eau sous les ponts et du pinot noir dans les verres. Vous avez eu droit à 114 messages dont 52 chroniques, 21 commentaires, une nouvelle livrée en 18 épisodes et la suite des aventures de Fortunio dont vous avez déjà pu lire 16 épisodes.
Que de chiffres ! Et le meilleur est pour la fin : en effet, le blog vient de compter sa cinq-millième visite en trois-cent-soixante-cinq jours ! Cela n’est pas rien et je me dois de remercier toutes celles et ceux qui sont venu(e)s visiter ce lieu de rafraîchissement intellectuel.
Ensuite, une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise d’abord : l’éditeur qui s’était engagé à publier le roman intitulé « Loin de la douleur passée » vient d’être mis en liquidation judiciaire. Donc, il ne publiera pas ce roman et j’ignore s’il remboursera les personnes qui m’avaient donné leur soutien en pré commandant ce livre. Toutefois, et je passe à la bonne nouvelle, je crois pouvoir dire que ce roman sera néanmoins publié avant la fin du mois de mai, sous un autre titre probablement. Et je m’engage à fournir un exemplaire dédicacé à chaque personne qui aura pré commandé ce roman. Franco de port et gracieusement comme il se doit. Celles ou ceux qui auraient effectivement pré commandé sont ainsi prié(e)s de me le faire savoir afin que je puisse de cette manière les dédommager.
Et, pour finir dignement, une petite question sur le travail : peut-on courir après avoir beaucoup trimé ?
On pressent par là qu’il y aura une furtive contrepèterie dans ce futur roman.