En vedette !

dimanche 15 février 2015

Chronique du temps exigu (143)

Pour d’aucuns, c’est l’heure de l’angélus mais pour d’autres c’est l’heure de l’Angela : « Angela Domina nuntiavit hellenae… », le nouveau gouvernement Grec est à la croisée des chemins comme à la croisée des monnaies et il ne manque pas de voix à l’extérieur du territoire hellénique pour lui prodiguer de vertueux conseils.
Mais qu’est-ce donc que la vertu en matière économique et financière ? En effet, on entend prôner l’austérité à tout bout de fauteuil par un tas de gros-pleins-de-fric qui se sont déjà bien servis eux-mêmes. Et cette austérité, ils comptent bien l’imposer aux moins riches qui sont les plus faciles à presser comme des citrons. Essayer toujours de pressurer un riche, il vous glissera entre les doigts comme un savon sous la douche, il vaut mieux ne pas se pencher pour le récupérer… Madame la directrice du FMI (cela veut dire : Fout la Misère Internationale), qui avant d’être directrice n’était déjà pas à plaindre, touche bien sûr des émoluments non négligeables sur lesquels elle est évidemment exonérée de tout impôt : rapacité bien ordonnée commence par soi-même. Ensuite, tous les dirigeants de la Commission Européenne se goinfrent aussi au râtelier de l’austérité bien comprise. Sans oublier la Banque Centrale Européenne…
C’est donc une troïka de goulus possédants qui veut imposer l’austérité et pas à n’importe qui mais à ceux qui ont le moins. Et de citer pour exemple l’Allemagne qui serait le parangon de toutes les vertus économiques. Ah cette Allemagne dont je citais la rigueur dans ma 21ème chronique ! Rigueur au sens d’un hiver rigoureux, bien sûr. Ah cette Allemagne qui au cours du XXème siècle a plusieurs fois, elle-même, été en cessation de paiement et dont l’endettement a favorisé l’arrivée au pouvoir de qui nous savons… Ah l’Allemagne qui oublie si bien la dette contractée il y a plus de soixante-dix ans auprès de la Grèce… un emprunt forcé, dont le remboursement se fait toujours attendre, les Grecs pouvaient bien aller se faire voir chez eux !

Braves Hellènes, n’hésitez donc pas, montez sur vos Psyllotoxotes et néphélomyrmèques. Allez récupérer vos drachmes auprès de ceux qui vous les doivent. On verra par-là si les emprunts allemands valent mieux que les emprunts russes.

jeudi 12 février 2015

Le cabot de Fortunio (32)

Je reprends l’écoute du chauve dont la calvitie brille comme une boule lumineuse :
-          Martine Grebier, une œuvre originale, sincère, majestueuse et sans concession. Esquisses et lignes, un titre en pleine adéquation avec son Art. Dans ses grandes compositions, elle résout absolument l’opposition horizontal – vertical par l’introduction de surfaces inclinées, de surfaces dissonantes et à la structure statique architectonique. Ici, l’équilibre de la surface plane ne joue qu’un rôle de moindre importance…
-          C’est que de la citation, me souffle encore QdC.
-          … forme une partie de l’espace périmétrique et la construction doit être considérée plutôt comme un phénomène de tension que comme un phénomène de rapport de surfaces…
Me voilà bientôt dans le cirage et je m’éclipse discrètement vers une salle où je suis tout autant écrasé par ces phénomènes de tension périmétrique. Je me glisse illico vers une salle plus petite, nommée Varia, où je découvre une peinture plus accessible à ma compréhension, même si le modernisme y est toujours de mise. Un ou deux petits tableaux saisissants qui me rappellent un tableau de Nicolas de Staël puis tout au fond, une seule œuvre presque figurative qui attire mon attention, une jeune fille stylisée, qui semble fuir qui sait quoi… je me promets de revenir m’y intéresser et je rejoins le groupe médusé devant lequel Boule-de-billard vient de placer sa péroraison en proposant à la cantonade de s’emparer d’une coupe de liquide à bulles en vue de trinquer. Des plateaux circulent et QdC se penche sur moi.
-          Maintenant, dites-moi : c’est vous le plombier-mystère qui a mangé ma part de tartiflette l’autre jour ?
-          Ah ! Si vous le dites, cela ne peut qu’être vrai. Donc, si je me suis permis de vous ôter la tartiflette de la bouche, alors pardonnez-moi si je m’excuse.
-          Vous êtes tout pardonné, j’étais invitée et c’est moi qui ai fait faux bond…
-           La tartiflette état excellente et que dire du Chignin-Bergeron… !
-          C’est bon, n’aggravez pas votre cas quand même. Vous êtes éleveur canin ?
-          Pas vraiment mais en quelque sorte, éludé-je.
-          Bien, on verra cela plus tard. Trinquons tant qu’il en est encore temps et dépêchons-nous d’attraper des petits fours. La littérature dutritélienne, ça creuse, surtout après une après-midi d’entraînement.
-          Vous vous entraînez à quoi ?
-          Devinez…
-          A la calotte coinchée ? Je vous ai vue à l’entraînement…
-          Meuh non, sot ! Je suis basketteuse.
-          Vous avez le gabarit, je suppose…
-          Trêve de mondanités. Vous vous êtes éclipsé tout à l’heure, comment trouvez-vous cette expo ?
-          A franchement parler, je n’y connais rien, d’une part, et je suis plutôt un béotien dans la partie. Ces grands tableaux me foutent le frisson. Par contre…

-          Par contre ? Fait une voix derrière moi.
(à suivre...)

dimanche 8 février 2015

Chronique du temps exigu (142)


Comme vous aurez été nombreux à l’avoir remarqué, je me suis par deux fois amusé à pasticher les bons auteurs dans ces chroniques. Il s’agit de la chronique 124 du 28 septembre 201 et de la chronique 141 du 1er février de cette année. Ces deux chroniques pasticheuses sont extraites d’un livre en construction qui s’appelle déjà « Contes de la sottise ordinaire ». Bien sûr, vous avez immédiatement reconnu les auteurs pastichés ainsi que trouvé le nom de l’œuvre, pastichée chaque fois dans sa première page. Bien sûr, ce ne sont pas ces œuvres qui font partie de la sottise ordinaire non plus que leurs auteurs que je remercie pour leur involontaire participation. Cette sottise se trouve à tous les coins de rue et mon propos sera de rappeler que c’est pas parce qu’on a mis le pied dedans qu’il faut y mettre les mains.
Donc, si quelqu’un d’entre les lectrices et lecteurs de ces chronique a reconnu les œuvres en question et en a débusqué les auteurs, qu’il ou elle le fasse savoir car un cadeau surprise sera réservé à la  première personne qui aura parlé, bien sûr.
Une fois étant devenue coutume, je vais faire de la promotion pour mon dernier livre paru : « Le Temps de l’éternité ». Il s’agit d’un recueil de deux nouvelles dont la seconde « Une si jolie chapelle » était déjà parue à part. Ce livre est en vente chez TheBook Editions pour la coquette somme de 11 Euros, port en sus. Je vous offre ici même le contenu de la quatrième de couverture :
Château à vendre ! Une petite visite, ça ne coûte rien et ça n’engage à rien. Enfin, il faut parfois une bonne dose d’inconscience pour remuer la poussière du passé, on peut s’y brûler les yeux.
Pijm van Zwartkluut est un petit profiteur qui prend plaisir à visiter des demeures et à se donner le frisson d’être châtelain d’un jour. Il visite La Furetière, un vaste domaine dont il connaîtra l’histoire à ses dépens et il apprendra qu’il n’y a ni devoir de mémoire ni devoir de prévoir et que ceux qui se vouent à ces devoirs acceptent de mourir sans avoir connu la vie.
Tant que le monde était monde, La Furetière a existé dans un temps où la vérité et la légende étaient si proches que l’on ne peut plus faire le départ entre elles. Parfois la légende permet de comprendre ce que la vérité peine à expliquer car il n’y a de vérité que dans l’instant présent et dans une seule personne. C’est donc le drac qui racontera à Pijm l’histoire de La Furetière, du Vème au XXème siècle. Mais le drac, on ne le rencontre pas comme cela…

On voit par-là que l’éternité, c’est assez long au début, surtout que ça n’en finit pas de commencer.

jeudi 5 février 2015

Le cabot de Fortunio (31)

-          Au revoir, monsieur Robico, déclare Queue de Cheval, bon vent et que je ne vous revoie pas !
-          What’s up, doc ? ajouté-je en m’approchant et avec à-propos.
Le gars me regarde, incrédule, l’air de se demander si on se connait. Il hausse les épaules et quitte les lieux en grommelant.
-          Vous le connaissez ou vous dites cela comme ça ? me demande la dame de sa hauteur.
-          Disons que c’est un nom qui me dit quelque chose mais il fallait bien placer un mot pour détendre l’atmosphère et aussi pour montrer que je suis polyglotte. Et vous, vous êtes videur dans cette boîte de nuit ?
-          Disons que je trie un peu à l’entrée, mais ça pourrait être un métier pour moi, j’y penserai. Disons plus simplement que ce monsieur a commis l’erreur d’arriver au mauvais moment… sans commentaire. Bien, vous venez pour l’expo ? Si c’est le cas, dépêchons-nous, nous allons rater le clou de l’exposition, la minute nécessaire de monsieur Dutritel, l’organisateur et le mécène de cet évènement !
-          Vous m’en direz tant ! Il va faire un discours ?
-          Un discours ? Dit-elle en m’entraînant par le coude. Un exposé, une allocution, une conférence… mais c’est un sacré monsieur !
Nous arrivons dans une salle d’exposition, classiquement garnie de tableaux. Je suis un peu surpris de voir des peintures d’une abstraction au-delà de mon entendement. Même une tartiflette écrasée sur le mur aurait pu me donner à penser mais cet ensemble de lignes et de barres me rebuterait plutôt. Au centre d’un groupe admiratif, un grand chauve gesticule, le monsieur Dutritel, je suppose.
-          Mesdames, Messieurs, chères amies et amis, c’est un plaisir autant qu’un honneur
-          pour moi d’inaugurer l’exposition de peintures de Martine Grebier et d’en faire l’introduction liminaire. J’essayerai d’être le passeur qui vous mènera sur les rives de l’art de cette grande artiste qui a choisi cette cité si pittoresque pour présenter le meilleur de son œuvre. Mais tout d’abord, permettez-moi de vous parler de cet Espace Peinture rénové dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. Cet espace a été totalement configuré - et transfiguré oserais-je dire – pour accueillir des œuvres picturales selon un concept différent et autonome qui a pour but une vision totalement moderne de l’Art. Pour nous, fondamentalement, l’espace architectural ainsi créé ne doit rien représenter d’autre que le vide inexpressif et inarticulé, ceci tant que la couleur ne l’a transformé. Cela relève de la vision architectonique suivante : mettre l’homme dans la peinture plutôt que devant…
Je commence à décrocher un peu sinon totalement, l’assistance semble captivée et j’en profite pour me déplacer un peu vers ma droite pour zyeuter les œuvres précitées. Je ne peux dire que je reste de marbre, certaines toiles ont une dimension importante, dans les trois mètres sur deux, mais cela ne me parle absolument pas. Je me sens un peu beaucoup écrasé par tous ces tableaux et je comprends qu’en effet, je me trouve jeté dans cette peinture. L’expo est bien nommée : esquisses et lignes, il y a des lignes dans tous les sens, des barres, des rectangles et des carrés. Un peu perdu, je reviens à ma place précédente, à côté de Queue-de-Cheval qui me souffle à l’oreille :

-          Il y en a pour cinq minutes d’intro et cinq de plus pour la conclusion, mais ça paraît long. Il n’a rien inventé de ce qu’il dit, tout est pompé chez les autres, phrase par phrase…
(à suivre...)

dimanche 1 février 2015

Chronique du temps exigu (141)

Il est des lieux où les âmes sont tombées en somnolence, des lieux oubliés des dieux, désertés par la pensée, la créativité et l’amour, lieux qui auraient pu être élus pour rayonner mais où ne souffle plus qu’une bise rude et sans grâce. Simples endroits sans mystère, d’où est bannie toute émotion, ils ne sont que mornes étendues dont les rivières ne sont plus qu’égouts et où les montagnes sont à genoux, où l’herbe n’est plus sauvage et où les fleurs sont domestiques. Seuls, les êtres humains qui y persistent paraissent encore en vie, ils s’agitent, piaillent et avalent des nourritures molles mais leurs âmes sont en léthargie, liées par de chétives entraves qu’ils ne peuvent ou ne veulent briser et la seule présence de ces êtres que l’on peine à qualifier d’humains a transformé le paysage et les éléments en un environnement d’une mélancolie poisseuse d’où plus rien ne peut s’envoler et où le soleil ne luit plus que d’une lumière sombre.
Tout l’être est profondément saisi aux tripes d’angoisse et de mélancolie. C’est la tristesse qui nous envahit et altère notre esprit en annihilant toute velléité de réagir.
D’où vient que ces lieux baignent dans cette torpeur ? Est-ce une atmosphère gazeuse qui intoxiquerait les poumons, sont-ce les eaux turbides de fleuves et rivières dont les vapeurs brumeuses envelopperaient les êtres et les choses ? Sont-ce des ondes nocives et insidieuses traversant les cellules et les cerveaux ? C’est encore plus incompréhensible car ces lieux ne sont nullement voués de toute éternité à cette angoisse délétère et il suffirait de peu pour que change leur destin, pour que s’établisse un nouvel équilibre, pour que la joie vienne et demeure…
Mais alors, mais alors, Dimitri ? Silence ! Si les dieux sont partis, si les âmes sont en déshérence, si la bise mord les visages, si le mystère a déserté ces lieux, que s’est-il donc passé ? Quel est donc le flot qui, insidieusement, a noyé de ses effluves et effluents des contrées entières et les a ainsi rendues impropres à la pensée, à la créativité et à l’amour ? Il semble que des êtres soient chargés d’une mission spéciale, obscure et ténébreuse, avec pour seul impératif de répandre la sottise en des territoires voués par leur seule présence à l’affliction, à la douleur et à une vague nostalgie de ce qui aurait été. Et ils remplissent avec ténacité, obstination et efficacité leur douteuses obligations car là où ils s’installent ne subsiste que leur immarcescible stupidité : les terres s’en trouvent transformées, les airs en deviennent pollués et la lumière même en devient obscurcie. Ces êtres s’accrochent, sûrs d’eux-mêmes, et ils s’adoubent entre eux, stultitia stultitiam prolificat…

Il y a des lieux où les âmes sont tombées en somnolence.

jeudi 29 janvier 2015

Le cabot de Fortunio (30)

-          Ils n’en savent rien, ils ne l’ont jamais contrôlé et ils ne vont pas relever tous les numéros de plaques des voitures du coin… surtout quand elles sont particulièrement rapides.
-          Bien, bien. Et on fait quoi avec ça ?
-          Inutile de se pointer là-bas, je n’ai aucune autorité pour y aller et l’enquête est pour ainsi dire close. Mais tout de même, j’aimerais bien aller jeter un coup d’œil en douce…
-          Ouiiii, et tu ne comptes pas m’y envoyer, j’espère. Ça m’étonnerait qu’on me reçoive avec de la tartiflette, ce coup-ci. Ou alors une tartiflette dans la tronche !
-          Bien sûr, on irait à deux, j’ai un peu repéré les lieux sur goût-gueule-heurte, il n’y a qu’une petite route goudronnée pour y aller et qui descend, pas le genre pour une arrivée discrète. Mais plus haut, il y a des bois, un chemin d’exploitation et on devrait pouvoir garer la voiture au-delà du bois et s’approcher à pied. Le mieux, ce serait un matin tôt, juste avant le lever du soleil…
-          Là, pendant la semaine, inutile d’y compter, je bosse moi ! coupé-je d’autorité.
-          Tu as raison, je proposerais plutôt même dimanche matin. La météo prévoit un temps brumeux, de la bruine peut-être, de quoi aller se balader discrètement en tenue pas trop voyante, si tu vois ce que je veux dire…
-          Allez, pourquoi pas ? A quelle heure dimanche matin ? Il faut une heure et demie pour aller là-bas, non ?
-          Un peu plus, même. Je propose trois heures du mat’ ici, dit-il en débouchant une petite bouteille.
-          Ça boume. Bon, on finit cette fillette de rosé et tu te barres. A moins que tu veuilles casser une croûte sur le pouce…
-          Oh non, je bois juste un petit coup et, comme tu le dis si bien, je me barre. En tant que gendarme, je peux difficilement me permettre de dépasser la limite légale, tu le sais bien. Et puis, je dois quand même me présenter à la maison, le retour à pas d’heure ça va bien une fois de temps en temps, dit-il en vidant son godet. Allez, à dimanche !
Après son départ, je sors une miche de pain et un morceau de Cantal grand comme une entrecôte de Salers puis je m’enfile tout cela avec un bon coup de rosé avant d’aller dormir.
*
Le lendemain soir, après une studieuse journée de boulot, Flèche et moi allons à notre première séance au club canin de Courtlieu. C’est fou ce que ce clébard apprend vite, il est bien plus doué que moi et on commence à former une bonne paire à tous les deux, la tête et les jambes comme qui dirait…

Vendredi soir, je décide de tenir ma parole et, une fois habillé en citadin, je me rends à l’Espace Peinture de Bergerac seul sans ma Flèche, restons discrets. L’expo se situe à coté de la rue Denis Baudelaire, dans une rue plutôt calme. Il commence à faire noir et en arrivant je vois deux personnes qui discutent devant ce que je suppose être la porte d’entrée. Je suis encore à une bonne trentaine de mètres mais il me semble comprendre qu’il y a du désaccord dans l’air. Un gars, pardon : un monsieur, cinquantaine et fringué comme il faut, rouspète et tente d’entrer en écartant une gonzesse, pardon : une dame à queue de cheval sombre qui doit faire un mètre quatre-vingt-dix et un empennage d’autant. Evidemment, le monsieur, qui fait une tête de moins que la dame, n’arrive pas à faire bouger la solide cerbère qui doit avoir tout au plus trente ans et des battoirs comme des raquettes. Il élève la voix. Madame queue-de-cheval le chope par le col et lui balance par un aller-retour deux petites calottes qui claquent joyeusement. Le calotté bat de l’aile mais la solide vigile le tient toujours par le col, bras tendu. En deux temps, elle l’attire vers elle légèrement puis le propulse en arrière. Le gazier peine à tenir son équilibre et se retrouve presque face à moi.
(à suivre...)

dimanche 25 janvier 2015

Chronique du temps exigu (140)

La pénibilité au travail, on en parlait et on en reparlait mais voici que le gouvernement commence à en préciser les critères. Et quand le gouvernement, épaulé par sa solide administration, précise des critères, on n’est pas certain d’y voir beaucoup plus clair. En effet, le ministre du Travail a créé une mission pour vérifier l’applicabilité des critères retenus. Pourtant, on pourrait se demander si des critères inapplicables ne seraient pas plus pertinents, économiquement parlant. Mais nul doute, les missionnaires du ministre sauront prêcher la bonne parole : ils se réuniront en conclave ou autre conciliabule, pondront des rapports circonstanciés, se congratuleront mutuellement puis se nourriront frugalement de petits fours aux frais de la princesse. Le métier de missionnaire ne manque pas de moments pénibles…
Toutefois, il ne faut pas tout mélanger : de même que pour la température, il y a pénibilité et pénibilité, à savoir la réelle er la ressentie. J’explique : d’abord il y a le travail pénible réalisé par un artisan ou tout autre travailleur indépendant. Que diable, s’il veut être son propre patron, qu’il se débrouille ! Cela n’est pas pris en compte par la pénibilité officielle qui ne concerne que les salariés. Ensuite, il y a le travail pénible réalisé par un travailleur λ, conscient de faire un dur travail mais heureux de le faire et qui ne demande qu’à continuer. C’est le monsieur Jourdain de la pénibilité car ce dernier faisait de la prose sans le savoir et notre travailleur λ fait de la pénibilité sans s’en douter. Et c’est là qu’intervient le spécialiste en pénibilité, celui qui éveille les consciences et met au jour la pénibilité. Non qu’il la pratique lui-même mais il est capable de la ressentir tels ces chefs qui soulèvent quelques poids pendant leurs loisirs et qui, le lundi, savent qu’ils connaissent réellement la pénibilité. Disons par exemple qu’un fonctionnaire soulevant un poids de vingt kilos ressentira une pénibilité supérieure au travailleur λ qui soulèverait un poids de quarante kilos. Cela se traduit par le théorème suivant : « Toute masse soulevée par un fonctionnaire a un poids égal à toute autre masse de poids égal à laquelle on ajoute la TVA, la CSG et le CRDS, les centimes additionnels, multiplié par l’indice de référence et la valeur du point, le tout additionné d’une pincée de provisions pour retraite anticipée. 

Force est de comprendre que maintenant tout travailleur se devra de réfléchir à son indice de pénibilité avant de faire le moindre effort. Et que l’on ne nous dise pas qu’il est pénible de réfléchir !