Auditrices
et auditeurs qui m’écoutez, bonjour. Il faut que je vous le dise, je profite de
ce temps de confinement pour me choper une maladie autre que la grippe à virus.
En effet, je suis actuellement cloué dans mon lit par un implacable zona qui
m’a pris au niveau de la ceinture. Comme je suis un adepte des médecines douces
quoiqu’énergiques, j’ai voulu contacter mon ami le bon docteur V. dont j’ai
déjà eu l’occasion de parler lorsqu’il m’a permis, par un traitement adapté, de
sortir de ma crise de mogigraphie qui risquait de vous priver de mes judicieuses
chroniques. Je pris donc mon téléphone pour appeler son voisin, le boucher, car
mon ami docteur n’est nullement abonné à quelque système téléphonique. Son
louchebem de voisin me répondit, par la voix de son accorte épouse, que mon ami
V. était parti pour une quinzaine au mont Gerbier de Jonc en vue d’y faire
l’acquisition d’un petit bloc de phonolithe dont il espérait des résultats, en
fin broyat, dans le traitement de la surdité et de l’extinction de voix. Il
faut dire que le docteur V. a une spécialité, il soigne par les plantes mais
pas n’importe quelles plantes, uniquement par les plantes des pieds. Cela selon
le principe homéopathique du similia
similibus curantur, soit en français moyen : qui se ressemble se
soigne ! Je commençais à désespérer en l’absence de mon ami lorsqu’il me
vint à l’idée que je pouvais faire appel à un autre de mes excellents amis, le
professeur Papillon, ce dernier étant un spécialiste dans toutes les
spécialités, il arriverait bien à me conseiller utilement.
Je
jouai encore de malchance car Papillon se trouvait, lui, aux antipodes et, s’il
n’a pas de téléphone lui non plus, il possède un engin de son invention (encore
une !) qui consiste en une petite boite en fer blanc, style conserve pour
une seule belle truffe brossée mais désoperculée et vide, raccordée par une
ficelle à gigot dont on entoure l’arbre le plus proche qui sert d’antenne. S’il
ne répond pas, il a une boite vocale à cornichons. On lui laisse un message, il
se met le cornichon dans l’oreille droite et celui-ci lui délivre un message à
l’aigre-douce.
Je
lui laissai un message et il me rappela dans les meilleurs délais, me signalant
qu’il avait quitté le congrès scientifique de Melburne où il avait été déclaré persona non grata car c’était
précisément un congrès épidémiologique et il se trouvait être le seul
participant à n’émarger auprès d’aucun laboratoire commercial. Il fut donc
considéré comme sans légitimité. Donc, nullement vexé, il était remonté sur son
spiraloselle qui, encore une de ses inventions, est une sorte de vélocipède
surmonté d’une grande spirale en bambou et papier gommé, ressemblant un peu à
une lanterne chinoise. Le principe est simple : on pédale au départ pour
faire tourner la spirale qui, telle une vis sans fin, s’enfonce dans les airs
avec une vitesse ascendante proportionnelle à la puissance des mollets du
pédaleur. Une fois arrivé à une altitude suffisante, il suffit de se laisser
porter par les généreux courants qui peuvent vous entraîner à une vitesse
supérieure à celle d’un cheval au galop. C’est ainsi que, survolant le
Pacifique et jouissant d’un panorama splendide, il se trouva tout à coup à
court de ce carburant si écologique, le souffle de l’altitude. Il se vit ainsi
contraint d’atterrir sur une petite ile qui ne figurait sur aucune carte, qui
s’appellerait –sous toutes réserves- l’ile d’Anonoma.
A
peine arrivé au sol, il fut interpellé par deux gendarmes dont le seul uniforme
était leur étui pénien réglementaire et qui lui signifièrent qu’il ne pouvait
demeurer sur l’ile sous peine d’y rester confiné. En effet, les habitants de
cette ile ne craignent aucun virus mais seulement la sottise des gens dits
civilisés. Ils sont donc attentifs à ne pas se laisser contaminer car cette ile
est un petit paradis mais n peut le rester que si aucun civilisé ne s’y trouve. Et, explication de la chute de notre
cycliste aérien, les orages y sont doux, les pluies clémentes et les vents ne sont que zéphyrs. Cela ne
faisait pas l’affaire de Papillon qui ne voyait nulle issue, démuni de ses
courants d’air. Mais la chance avait toujours été de son côté et, une fois
encore, elle montra le bout de son foc sous les apparences d’un brick qui
s’approchait lentement de la côte. Je vous ferai grâce des détails, toujours
est-il qu’il s’agissait du navire de l’amiral cap, de joyeuse mémoire.
Je
vous raconterai dès que possible la suite de cette passionnante histoire.
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